Conférence conjointe du Président de la République, Emmanuel Macron et du Premier ministre de Finlande Juha Sipilä

Conférence conjointe du Président de la République, Emmanuel Macron et du Premier ministre de Finlande Juha Sipilä

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La conférence de presse conjointe d’Emmanuel Macron et de Juha Sipilä, Premier ministre de la République de Finlande en vidéo

Seul le prononcé fait foi
Helsinki, le 30 août 2018

LE PRESIDENT : Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre, cher Juha, pour ces mots et je suis très heureux en effet que nous ayons eu l’occasion de nous retrouver à Helsinki, très heureux de constater comme il y a un an lors de notre rencontre à Paris que nos échanges sur les sujets bilatéraux et européens sont toujours aussi riches.

Nous avons commencé après les premiers échanges lors du dîner d’hier soir notre séquence ensemble à l’université d’Aalto qui est réellement à l’avant-garde de l’innovation à l’image de toute la Finlande, avec aussi, il faut le dire, un talent pour la communication simple et directe avec ce programme Startup Sauna qui laissait figurer tout un concentré d’innovations, de simplicité, d’efficacité. J’étais très heureux de voir l’intrication très forte à la fois de l’enseignement supérieur, de la recherche publique, de la recherche privée, d’écoles d’ingénieurs, des entrepreneurs, des entreprises et du Gouvernement autour de ce même objectif d’innovation.

Avec le Premier ministre nous avons eu l’occasion de revenir sur ce sujet et beaucoup d’autres lors de notre déjeuner de travail mais avec un point essentiel qui est l’attachement partagé aux valeurs sur lesquelles l’Europe est fondée et que vous venez de rappeler, Monsieur le Premier ministre, et le besoin d’une Europe forte qui affirme son modèle dans le monde. Cette Europe forte c’est celle que nous voulons d’abord en matière d’innovation et de recherche et je crois que nous partageons une conviction commune pour encore renforcer les relations bilatérales en ce domaine. C’est l’objectif de plusieurs programmes confirmés et de documents stratégiques signés en la matière au niveau de la recherche publique/privée et de l’entreprenariat. C’est aussi permettre à nos entreprises de se développer plus rapidement et donc cela parachever un vrai marché de financement européen avec l’Union bancaire d’une part qui va nous occuper dans les prochaines semaines et sur laquelle nous avons échangé très longuement et très techniquement mais qui est une des composantes pour réussir à développer nos entreprises mais avec plus largement une union des marchés de capitaux dont notre Europe a besoin et dont nos entreprises ont besoin pour croître plus vite.

C’est aussi la volonté commune que nous partageons d’avoir un vrai marché unique du numérique avec des simplifications pour que nos entreprises aient accès à un marché vraiment européen et puissent assurer une compétition face aux Chinois, aux Américains, avec des standards européens comme nous l’avons fait en matière de respect de la vie individuelle avec le nouveau règlement général de protection des données. Nous souhaitons le développer pour créer des standards industriels communs sur le plan du numérique ou de l’intelligence artificielle et le faire aussi pour que les créateurs européens soient pleinement respectés, c’est tout l’objet de notre bataille pour la juste rémunération de la création artistique. Et donc l’innovation, la création, l’enseignement supérieur sont à mes yeux un lieu de coopération, un espace de coopération très fort entre nos deux pays au niveau européen et d’ailleurs plusieurs des acteurs croisés ce matin participent déjà aux initiatives d’universités européennes et nous sommes revenus également sur l’initiative de créer un fonds d’investissement dans l’innovation de rupture au niveau européen.

Cette Europe que nous voulons c’est aussi l’Europe qui protège, l’Europe qui protège sur les sujets migratoires, vous avez rappelé le long Conseil européen que nous avions eu sur ce sujet à cet égard et nous sommes revenus là aussi très en détail sur ce sujet où la France porte une vision et une approche exigeante, large qui ne veut rien céder à nos principes et aux droits universels que nous défendons mais qui souhaite articuler une réponse complète en matière migratoire qui exige responsabilité de chaque Etat membre et solidarité européenne bien orchestrée. Là aussi nous sommes revenus très en détail et surtout sur l’exécution d’un tel plan.

L’Europe qui protège c’est bien entendu celle également de la défense européenne, nous y sommes revenus après le long échange que j’avais eu avec le président NIINISTÖ ce matin sur le sujet, notre proximité de vues est forte, nous avons la même analyse des menaces et la volonté d’apporter des réponses communes en la matière. A ce titre les documents signés aujourd’hui comme les échanges à venir sont pour moi très encourageants dans ce domaine.

Et puis vous l’avez aussi évoqué, il y a deux points qui me tiennent à cœur de cette Europe à la fois qui protège et qui porte de l’ambition, c’est cette Europe de la souveraineté climatique et alimentaire. Nous avons dans nos coopérations beaucoup à faire en matière agricole et nous souhaitons porter une vision commune, à la fois une ambition d’une politique agricole mais également d’une politique alimentaire qui suppose d’accompagner nos agriculteurs dans les transitions qui sont les leurs mais d’assurer aussi une alimentation de qualité à tous nos concitoyens, ce qui suppose une vraie organisation et une vraie ambition européenne en la matière. La souveraineté climatique c’est celle qui imposera des décisions, je l’évoquais encore tout à l’heure, en matière de prix du carbone, en matière d’organisation d’un marché unique du carbone européen mais également par le soutien concret de certaines initiatives que vous portez et que la France soutient pleinement en particulier au sujet de la coopération dans l’Arctique.

Nous avons également évoqué la nécessité du renforcement de l’Union économique et monétaire en revenant comme je l’évoquais à la fois sur les sujets d’Union bancaire mais sur la base également du texte discuté sur une base franco-allemande à Meseberg où nous avons défini les voies d’évolution de l’Eurogroupe, de l’Union économique et monétaire et nous avons eu une longue discussion sur ce point. Je pense qu’il est extrêmement important que nous puissions dans les prochaines semaines et les prochains mois continuer à cheminer car pour moi c’est une condition là aussi de notre autonomie stratégique sur le plan financier, économique et donc de l’innovation et nous sommes revenus sur ce point en détail comme je l’avais fait il y a quelques semaines avec nos collègues portugais ou espagnols et nous pourrons y revenir si vous le souhaitez dans le cadre des questions. Mais nous sommes revenus avec le Premier ministre SIPILÄ dans le détail de la déclaration de Meseberg pour voir comment construire ensemble une zone euro mieux intégrée qui elle aussi articule davantage les principes de responsabilité et de solidarité.

Sur ces sujets je constate depuis un an une vraie convergence entre nous, il y a des désaccords, nous n’avons pas forcément les mêmes histoires, les mêmes sensibilités, nous les avons évoquées, mais il y a une vraie convergence et des progrès significatifs qui ont été faits encore durant notre discussion dont je me félicite. Ces échanges sont à mes yeux d’autant plus importants que dans moins d’un an la Finlande aura à prendre la présidence de l’Union européenne juste après les élections que nous connaîtrons au mois de mai et donc il est important de commencer à la préparer. Ces échanges sont importants aussi parce qu’ils viennent conclure un déplacement de trois jours que je viens d’effectuer en Europe du nord, au Danemark puis ici en Finlande avant de regagner Paris. Ce que j’ai cherché à faire c’est d’une part de dire de manière très transparente à la fois aux dirigeants mais également aux opinions publiques quelles ambitions la France porte pour l’Europe, l’Union européenne, la zone euro et tous nos projets, mais c’est également de le faire dans un esprit de respect, de dialogue et au fond d’accords partagés et de volonté de converger, c’est ça l’Europe.

L’Europe ça n’est pas un continent qui est d’accord sur tout, c’est un continent qui jusqu’il y a 70 ans s’est toujours fait la guerre et donc nous vivons depuis 70 ans dans un miracle à l’échelle des millénaires c’est qu’il n’y a plus la guerre en Europe. Nous devons construire une nouvelle étape, c’est évident, sinon cette Europe se démantibulera devant les risques géopolitiques et ses propres divisions. Et donc il y a le choix très simple et pour moi ce déplacement de trois jours m’y conforte, il y a soit la volonté de prendre l’Europe en otage de la démagogie qui sert les dirigeants politiques et de dire « tous vos problèmes viennent de l’Europe », "un pont s’effondre, c’est l’Europe", « vous êtes inquiets parce qu’il y a des migrations en Afrique, il y a une démographie galopante en Afrique, c’est l’Europe ! ». Ca ce sont non pas ce qu’on appelle parfois les populistes, ce sont les démagogues nationalistes. Ceux-là veulent une chose, ils oublient d’abord ce que l’Europe nous a apporté depuis 70 ans et ils veulent une chose, la division, le repli nationaliste derrière chaque petites choses qui nous séparent et le mensonge d’Etat en expliquant que nos responsabilités n’existent pas comme dirigeants mais qu’elles sont toujours renvoyées vers d’autres, un étrange décideur qui ferait à notre place, non.

Et puis il y a ce que nous avons fait ensemble qui est ce cheminement exigeant, ce commerce des accords et des désaccords qui est l’essence même de l’Europe. Umberto ECO, je le rappelais au Danemark, disait « le langage de l’Europe c’est la traduction », la méthode de l’Europe c’est le dialogue constant, c’est la capacité à porter une ambition et construire un compromis sur cette base. On a parfois oublié l’ambition ces dernières années et donc il nous faut retrouver l’ambition forte, l’accélération de certaines décisions mais cette capacité à nous respecter les uns et les autres et à faire ce qui est la force de l’Europe, sa diversité. Et donc je reviens de ce déplacement nordique plus convaincu encore et je l’ai été à l’issue de notre échange, cher Juha, que l’avenir dans l’Europe est dans cette diversité et cette capacité à construire des ponts, des projets communs, des ambitions communes et à porter une Europe progressiste face à celle des égoïsmes et des replis nationalistes.

Je vous remercie.

publié le 10/09/2018

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