Toast du Président de la République, Emmanuel Macron lors du diner officiel à Helsinki

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Le toast du Président de la République, Emmanuel Macron lors du diner officiel à Helsinki en vidéo

Monsieur le Président, Madame,

Je voudrais tout d’abord vous remercier pour votre invitation et vous dire combien nous sommes heureux, mon épouse et moi, d’être ce soir à Helsinki.
Effectuer cette visite en cette année 2018 revêtait une importance particulière.

Certes, les relations entre nos peuples sont anciennes et puisent dans une attraction mutuelle lointaine : depuis les échanges culturels intenses qui dès le XVe siècle conduiront un Finlandais, « le grand Olaf », à exercer les fonctions de recteur de l’université de la Sorbonne ; depuis les considérations sécuritaires qui, déjà, inciteront Louis XV à financer la construction de la forteresse de Suomenlinna ; en passant bien sûr par les expéditions scientifiques de Maupertuis ou du Duc d’Orléans en Laponie au 18eme siècle.

Mais 1918 est une date symbolique pour nos deux peuples si farouchement épris de liberté et d’indépendance. La France a en effet été le premier pays, avec la Suède, à reconnaître l’indépendance de la Finlande le 4 janvier 1918. Cette indépendance, chèrement acquise, a été héroïquement défendue à des moments souvent dramatiques du 20ème siècle, grâce à une armée valeureuse, une diplomatie habile, un patriotisme vivace, ancré dans une volonté populaire inébranlable.

Malgré les défis d’une géographie audacieuse, sur ce champ des rivalités de puissance que constitue la mer baltique, vous avez toujours su, témoignant de ce « courage finlandais » loué ici par André Malraux en 1963, maîtriser votre destin, préserver votre identité et promouvoir votre propre modèle politique, économique et social. Depuis la reconnaissance dès 1906 du droit de vote des femmes, à l’affirmation d’une démocratie parlementaire exemplaire jusqu’aux premières places des classements internationaux en matière d’éducation, de bonheur ou de liberté de la presse.
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Monsieur le Président,
Par cette visite dans votre pays, je tenais aussi à saluer son choix de l’Europe. Située par la géographie aux confins de notre continent, la Finlande s’est ancrée par sa politique au cœur du projet européen. Au cœur d’un projet pour lequel la France et la Finlande partagent une ambition commune, celle de construire un espace politique de paix, de prospérité et de liberté, une Europe fidèle à ses valeurs et qui affirme son modèle dans le monde, une Europe qui protège ses citoyens.

Cette ambition partagée de protection prend toute sa dimension dans notre étroite coopération en matière de défense et de sécurité. Pour défendre nos frontières, pour assurer la paix et la sécurité de nos concitoyens, dans un monde toujours plus incertain, il nous faut augmenter nos capacités militaires, promouvoir une autonomie stratégique, soutenir une industrie de défense propre, favoriser une culture stratégique commune de nos armées. C’est cette volonté que nous confirmerons demain à travers l’adoption d’une déclaration commune sur l’Europe de la défense.
Je voudrais, à cette occasion, vous remercier, Monsieur le Président, et à travers vous remercier le peuple finlandais, pour l’aide apportée à la France lorsque notre pays a été durement touché par les attentats terroristes. Vous avez été les premiers à répondre à notre appel à la solidarité européenne, au titre de l’article 42-7 du traité de Lisbonne, par l’envoi d’un contingent à la Finul au Liban permettant à la France de rapatrier un bataillon de soldats pour participer à l’opération « Sentinelle » de sécurisation de notre territoire national. Nous n’oublierons pas ce geste de solidarité.

La Finlande a fait le choix d’être au cœur de l’Europe, en adhérant à Schengen, en participant dès le début à l’Euro, en souhaitant toujours être aux avant-postes de la construction européenne. Nous aurons l’occasion demain d’évoquer notamment les défis de la zone euro avec le Premier ministre. Nous avons certes des visions encore insuffisamment convergentes sur certains aspects. Aujourd’hui, la monnaie unique représente un progrès considérable : elle a apporté à ses membres une stabilité monétaire sans précédent, et une autonomie de leur politique monétaire qu’aucune monnaie nationale ne nous avait apportée auparavant. Nous avons acquis, grâce à l’Euro, la souveraineté monétaire. Nous devons aujourd’hui consolider cette monnaie unique, permettre une véritable convergence de nos économies et transformer la zone euro en véritable union économique. La France a mis sur la table des propositions que nous croyons utiles et pertinentes. Parlons-en, sans tabou et avec pragmatisme.
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Monsieur le Président,
Les relations bilatérales entre la Finlande et la France sont excellentes. Dans le domaine économique, 2017 a marqué un doublement des décisions d’investissement d’entreprises finlandaises en France par rapport à 2016. La France accueille près d’une centaine d’entreprises finlandaises de secteurs d’activité à haute valeur ajoutée, comme le bois-papier, la métallurgie ou encore la machinerie. La perspective de l’ouverture en France par une société finlandaise d’un centre de compétences en matière d’intelligence artificielle montre à quel point nous partageons avec la Finlande une forte ambition européenne dans ce domaine. En retour, 130 de nos entreprises françaises sont présentes en Finlande, représentatives de notre tissu économique et industriel. Celles-ci investissent chaque jour dans votre pays, où elles emploient près de 13 000 personnes, soit 5 % du total des Finlandais travaillant pour des filiales étrangères.

La Finlande et la France ont placé la recherche et l’innovation au cœur du développement des stratégies nationales et nos coopérations bilatérales dans ce domaine sont riches et nombreuses. Depuis deux ans maintenant, la France a initié deux nouveaux programmes bilatéraux d’amorçage pour renforcer nos coopérations en recherche et innovation, avec un soutien important des partenaires finlandais, en particulier les Académies des sciences finlandaises mais aussi Business Finland.
La coopération bilatérale prend une dimension d’excellence supplémentaire lorsqu’elle se développe au niveau européen. Le projet des universités européennes que j’ai proposé sera un outil clé dans la structuration de l’Espace Européen de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et dans ce cadre, je ne peux qu’encourager encore davantage le rapprochement de nos universités et de tous nos acteurs. Cet engagement pour l’avenir nous réunit aussi lorsque nous promouvons ensemble un programme européen de financement massif de l’innovation de rupture.

Dans le domaine culturel, je me réjouis de la vivacité des filières bilingues, unique dans les pays nordiques, en particulier à Turku et Tampere, et je sais l’investissement du Lycée franco-finlandais d’Helsinki pour la promotion du français. La France et le Finlande partagent de longue date une priorité en faveur de l’éducation et l’instruction publique, vecteurs de la cohésion sociale et de la lutte contre les inégalités.

Je lève mon verre au bonheur et à la prospérité du peuple finlandais, à l’amitié inaltérable entre la Finlande et la France, et à l’Europe que nous unit et nous engage.

publié le 12/09/2018

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