Revue de la presse du mercredi 8 juillet

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Situation sanitaire

7265 cas en Finlande – 329 décès
THL annonce aujourd’hui 7 265 (+3) cas, 329 (-) décès, 19 (-) personnes hospitalisées dont 2 (+1) en soins intensifs. THL actualise le nombre de cas chaque jour mais les autres chiffres seulement les lundis, mercredis et vendredis.
Thl.fi

Politique

Les Finlandais ont peu confiance dans les partis politiques¨
Parmi toutes les institutions, c’est dans les partis politiques que les Finlandais ont le moins confiance. Ils ont plus confiance dans les entreprises, les autorités et les médias, selon une enquête commandée par Sitra.
Selon Antti Kivelä, directeur chez Sitra, "les Finlandais ne font pas confiance à la réalisation de la démocratie par le biais des partis".
Seulement 30% des personnes interrogées ont déclaré qu’elles faisaient confiance aux parties. Au lieu de cela, 61% ne leur font pas beaucoup ou pas du tout confiance. En comparaison, 50% des personnes interrogées faisaient confiance aux entreprises.
Selon Kivelä, il est clair qu’en Finlande, comme dans d’autres pays nordiques, on est mécontent du système politique. Les gens ne se sentent pas écoutés par les partis.
Selon Kivelä, un autre résultat significatif a été la popularité du président de la République. Le président était l’instance inspirant le plus de confiance de l’ensemble du sondage. Selon Kivelä, l’impact de la crise de Covid19 se reflète dans le désir de leadership. Cela se reflétait également dans le fait que la Première ministre et le gouvernement inspirent désormais plus la confiance.
De plus, 61% des Finlandais qui ont répondu à l’enquête de Sitra estiment que l’importance de la science et de l’expertise va augmenter dans la période d’après-crise et 54% pensent également que les tensions et les conflits entre groupes sociaux sur les questions économiques et sociales augmenteront.
"Les résultats montrent au moins que de nombreux Finlandais estiment que la crise du coronavirus aura des effets sociaux à long terme et que les gens espèrent également que les décisions affectant leur avenir seront basées sur des informations issues de recherches scientifiques", explique Kivelä.
KL

Gouvernement


Projet de loi sur les crimes sexuels

Des durcissements sont prévus dans la législation sur les crimes sexuels. L’absence de consentement sera désormais un critère pour qualifier le viol et les peines concernant le viol d’un enfant de moins de 12 ans seront rendues plus sévères.
Le groupe de travail du ministère de la Justice qui a remis ses propositions à la ministre de la Justice, Anna-Maja Henriksson, hier, propose de réformer l’ensemble de la législation en la matière, et l’approche à l’égard de ces crimes. Actuellement, la violence ou la menace de violence sont essentiels pour qualifier ces crimes, et la réforme introduirait le manque de consentement comme un critère.
Le directeur du ministère de la Justice, Ari-Pekka Koivisto, estime que c’est l’occasion de mettre à jour la législation pour qu’elle corresponde aux idées de ce jour. La dernière réforme date de la fin des années 1990. Des modifications ont été effectuées depuis.
Les crimes sexuels contre des mineurs de moins de 16 ans seraient par la suite séparés de la législation concernant les majeures afin de renforcer la protection des enfants.
Concernant les moins de 12 ans, la question du consentement ne serait pas considérée, et les actes sexuels seraient pénalisés comme viol.
La diffusion d’une image sexuelle sera également pénalisée à titre de crime sexuel et non plus en tant que violation de la vie privée ou diffamation.
Généralement, les peines concernant les crimes sexuels seraient durcies. La notion de harcèlement sexuel serait élargie pour concerner par exemple l’envoi d’images pornographiques à quelqu’un qui ne souhaite pas en recevoir.
Il y avait des pressions pour réformer la législation. Mme Henriksson note que le mouvement « me too » a contribué à un changement de l’atmosphère dans la société.
La proposition sera maintenant remise aux avis pour qu’un projet de loi puisse être remis au parlement au printemps 2021.
HS

L’abus de la main d’œuvre étrangère est un problème considérable en Finlande
La police réclame des mesures plus strictes pour y intervenir

Minna Immonen, commissaire de police de Finlande de l’Est, estime qu’il est actuellement peu risqué d’abuser des travailleurs étrangers en Finlande. Jonna Turunen, cheffe de l’inspection criminelle de la police de Helsinki, estime qu’il faut investir dans la lutte contre la traite de personnes.
Mme Immonen regrette que les entreprises du secteur du nettoyage puissent continuer l’abus de leurs employés sans aucune conséquence. En dix ans, les possibilités de la police d’intervenir dans des cas d’abus se sont améliorées, mais en même temps, les criminels ont de moins en moins de scrupule.
Immonen estime que les compétences et connaissances de la police devraient être améliorées en matière de lutte contre la traite de personnes et d’autre abus de travailleurs. Les différences régionales sont importantes. Elle souligne l’importance de renforcer la coopération entre les autorités : les échanges entre la police, la protection du travail, le fisc, les autorités de surveillance au niveau des communes et des régions.
Elle souligne également le travail préventif en la matière. Outre le secteur de nettoyage, il y a de l’abus dans la restauration et dans l’agriculture. Outre les travailleurs concernés, les entreprises qui gèrent correctement leurs obligations en souffrent. Ne pas éradiquer ce genre d’activités constitue un message pour les criminels sur le fait que l’abus et l’économie parallèle ne soient pas pris au sérieux.
Mme Turunen indique que, pour la police de Helsinki, la lutte contre la traite de personnes est une priorité. C’est une forme de criminalité organisée grave.
HS

Demandeurs d’asile – Programme gouvernemental
Propos de la ministre de l’Intérieur sur le bracelet électronique

La ministre de l’Intérieur Maria Ohisalo (Verts) a commenté, à Yle, la question des bracelets électroniques pour surveiller un demandeur d’asile ayant obtenu une réponse négative à sa demande. Elle indique que, selon le rapport du ministère en la matière, une réforme en la matière serait difficile à réaliser, notamment au niveau du coût. Le projet d’introduire une surveillance technique pour ces personnes est inscrit dans le programme gouvernemental.
Le président du groupe parlementaire du Centre, Antti Kurvinen, insiste sur l’importance de suivre le programme gouvernemental. Il rappelle que le gouvernement n’a pas négocié sur la question, et qu’il s’agit de déclarations de la seule ministre. Il s’attend à ce que Maria Ohisalo prépare le projet pour le transmettre au Parlement.
D’autres centristes aussi critiquent le fait que la ministre se prononce en son propre nom sur une question qui n’a pas été évoquée au sein du gouvernement.
La Première ministre, Sanna Marin, indique, sur Twitter, que tout changement dans le programme gouvernemental relève d’une concertation de l’ensemble de partis de la coalition.
Elle note que le ministère de l’Intérieur a étudié la question de la surveillance technique, et que la question sera traitée au gouvernement, « comme l’a indiqué la ministre de l’Intérieur ». Elle indique que le programme gouvernemental ne précise pas quel type de surveillance technique pourrait être envisagé.
HS

Travail saisonnier : Est-ce que des cueilleurs thaïlandais pourront venir en Finlande ?

Le gouvernement évoquera, aujourd’hui, la question des frontières extérieures hors-UE. La Thaïlande fait partie des pays qui seront évoqués concernant le fait de savoir s’il conviendra de rouvrir la frontière. Ce pays figure sur la liste de l’UE concernant les pays où la situation en matière d’épidémie est maîtrisée.
Olli Sorainen, conseiller au ministère de l’Emploi et de l’Economie, relève que le sort des Thaïlandais compte pour la Finlande, mais que la Thaïlande, avec qui la Finlande négocie de façon hebdomadaire, s’est montrée réticente.
HS

Economie

Environ un millier d’entreprises ont déjà déposé une demande pour la nouvelle aide de soutien aux coûts
Les entreprises sont intéressées par le soutien aux coûts qu’elles peuvent solliciter auprès du Trésor public. Mardi, jour d’ouverture de ce nouveau système d’aide, environ un millier de demandes étaient déjà parvenues au Trésor public.
Satu Vallivaara, directeur général adjoint du Trésor public, indique que l’afflux de demandes était attendu.
Les entreprises peuvent déposer une demande jusqu’au 31 août. Les modalités du soutien aux coûts sont définies par le ministère de l’emploi et de l’économie. Environ 300 millions d’euros ont été réservés pour cet instrument.
Le soutien aux coûts est ouvert aux entreprises dont le secteur est éligible à cet instrument (365 branches dans lesquelles le chiffre d’affaires a chuté d’au moins 10% par rapport au chiffre d’affaires moyen de mars-juin de l’année dernière ont été incluses) et dont le chiffre d’affaires a baissé de 30% du fait de la crise du coronavirus.
Les entreprises d’autres secteurs peuvent également demander un soutien pour une « raison particulièrement impérieuse » telle que des restrictions ou des réglementations.
L’aide est accordée sur la base des coûts fixes et des coûts salariaux des entreprises. Les fondations et associations ayant une activité commerciale sont également incluses.
Les entreprises éligibles sont celles dont le chiffre d’affaires a baissé de plus de 30% en avril de cette année par rapport au chiffre d’affaires moyen de mars-juin de l’année dernière. Au moment de la comparaison, le chiffre d’affaires devait être d’au moins 20 000 euros.
Les entreprises peuvent recevoir un minimum de 2 000 euros et un maximum de 500 000 euros. Les autres subventions qui auraient pu déjà avoir été versées aux entreprises en raison de la pandémie de coronavirus réduiront le montant de l’aide.
HS

Selon le ministère des Finances, le déficit structurel de l’économie finlandaise s’est légèrement amélioré
L’évaluation du déficit structurel de l’économie finlandaise s’est légèrement améliorée, selon un rapport publié hier par le ministère des Finances. Selon les estimations, le déficit structurel, c’est-à-dire l’écart entre les dépenses publiques et les recettes à long terme, est de 4% du produit intérieur brut (PIB). Cela signifie dix milliards d’euros au niveau de 2024.
Encore à l’automne 2019, le ministère estimait le déficit structurel à environ 4,5% du PIB. L’amélioration s’expliquerait en partie par les actualisations et les modifications apportées aux calculs. « Cependant, l’estimation de l’impact de la pandémie de coronavirus est considérablement incertaine, et l’estimation sera précisée plus tard", explique la conseillère financière Jenni Pääkkönen dans le communiqué de presse du ministère.
Dans les années à venir, le vieillissement de la population en particulier exercera une pression accrue sur les finances publiques et le rapport considère que même une augmentation significative du taux de natalité ne suffirait pas à compenser la baisse du taux de dépendance des personnes âgées. Au lieu de cela, l’immigration basée sur le travail pourrait empêcher une détérioration du taux de dépendance si le niveau moyen d’emploi et de salaire des immigrants ne différait pas sensiblement de celui de la population autochtone.
Le taux d’endettement des administrations publiques augmentera au cours des prochaines années et devrait atteindre 80%. Selon le ministère des Finances, la stabilisation du taux d’endettement d’ici la fin des années 2020 nécessiterait des mesures d’ajustement d’environ 5 milliards d’euros.
Avant la crise du coronavirus, le taux d’endettement était de 60%. Si l’on voulait revenir à un tel niveau d’endettement d’ici 2035, des mesures d’ajustement pouvant atteindre 11 milliards d’euros seront nécessaires, indique le rapport.
Des taux d’intérêt bas pourraient compenser la situation, mais l’Etat et les municipalités sont actuellement en déficit profond. Dans le même temps, le rendement des actifs des fonds de pension s’est affaibli en raison des faibles taux d’intérêt. Par conséquent, la baisse des taux d’intérêt affaiblira également les finances publiques, selon le ministère des Finances.
HS

Selon Tytti Tuppurainen le gouvernement est toujours engagé en faveur de mesures qui créeront 30 000 employés supplémentaires
La ministre des Affaires européennes et de la Gouvernance d’entreprise Tytti Tuppurainen (PSD) confirme les discours du ministre des Finances Matti Vanhanen (Centre) selon lequel le gouvernement a l’intention de maintenir son objectif de 30 000 emplois supplémentaires. Selon Tuppurainen, « cela sera maintenu, au moment du débat budgétaire ou plus tard cette année ».
Selon Tuppurainen, "l’objectif d’emploi du gouvernement est commun" à tous les partis de la coaltion. Néanmoins, elle élargit le calendrier en disant que des décisions sur les 30 000 nouveaux emplois supplémentaires seront prises cette année, et pas nécessairement à la mi-septembre, comme l’a dit Vanhanen.
Tuppurainen pense que les cinq dirigeants des partis au pouvoir trouveront des solutions. « Il y a une confiance mutuelle dans le gouvernement », dit-elle.
KL

Critiques du Rassemblement national
Les députés du Rassemblement national juge les propos de Mme Tuppurainen comme « irresponsables » et l’accusent de ne pas respecter le ministre des Finances ni le programme gouvernemental en reportant les décisions sur l’emploi.
Uusisuomi

Déclarations de Vesa Vihriälä
Vesa Vihriälä, qui dirigeait le groupe de de crise économique au sein du gouvernement du Premier ministre Sanna Marin, reproche aux dirigeants syndicaux de ne pas prendre suffisamment au sérieux l’urgence des mesures gouvernementales pour l’emploi.
Dans son blog, Vihriälä rappelle au ministre des Finances Matti Vanhanen (Centre) qu’il estime important que « dans le cadre du prochain débat budgétaire, il doit être possible de décider des mesures qui conduiront à la création de 30 000 emplois conformément au programme gouvernemental ».
« Plusieurs dirigeants syndicaux influents ont écarté d’un revers de main le calendrier de Vanhanen le considérant comme impossible », regrette Vihriälä.
IL

Défense


Afghanistan – Propos du ministre de la Défense

Le ministre de la Défense, Antti Kaikkonen (Centre), considère comme graves les accusations sur des primes versées par la Russie pour tuer des soldats en Afghanistan. Il relève que les Finlandais qui participent à l’opération de l’OTAN en Afghanistan n’ont pas été impactés par cela. Pour ce qui est des Finlandais, il n’y a rien qui confirme la véracité des accusations, selon lui.
Il y a actuellement environ 60 soldats finlandais en Afghanistan, sous commandement allemand.
Olli Ruohomäki du ministère des Affaires étrangères, spécialiste en matière d’Afghanistan, estime que ces derniers temps, la Russie s’est activée dans ce pays et cherche un pouvoir d’influence maintenant que les Etats-Unis et ses alliés partent.
Dem

Europe

La Finlande aurait la plus faible croissance en 2021 selon les prévisions de la Commission
Selon les prévisions économiques de la Commission européenne, la croissance économique de la Finlande l’année prochaine sera la plus lente de l’UE. La Commission prévoit que l’économie finlandaise se contractera de 6,3% cette année et ne progressera que de 2,8% l’année prochaine.
La croissance de la Finlande est donc clairement à la traîne par rapport aux autres pays de la zone euro. La Commission prévoit que l’économie de la zone euro se contractera de 8,7% cette année et augmentera de 6,1% l’an prochain.
Dans de nombreux autres pays de l’UE, l’économie se contractera considérablement plus fortement que la Finlande cette année. Par exemple, l’économie italienne devrait se contracter de 11,2% et l’Espagne de 10,9%.
En ce qui concerne les chiffres de croissance de l’année prochaine, outre la Finlande, la Suède arrive en queue de peloton, avec un taux de croissance de 3,1%. Cette année, l’économie suédoise devrait reculer de 5,3%.
Les prévisions de la Commission pour le ralentissement économique sont devenues encore plus sombres. Selon le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, l’impact économique des mesures visant à limiter la pandémie de coronavirus a été plus grave que prévu et la levée des mesures restrictives a été plus lente que prévu.
Selon la Commission, la croissance économique de la Finlande serait largement basée sur la demande intérieure. La croissance est freinée, entre autres, par l’augmentation du chômage.
La Commission souligne que la croissance économique de la Finlande pourrait également se redresser si ses partenaires commerciaux se remettent de la crise plus rapidement que prévu.
Yle

Le plan de relance pourrait permettre de financer des projets d’infrastructure bons pour la Finlande
Le journaliste de Kauppalehti Jyrki Palo estime que la Finlande a d’importants projets d’infrastructure en cours qui serviront l’avenir pour l’ensemble de l’UE : les nouvelles liaisons ferroviaires améliorées entre Helsinki, Tampere et Turku, ainsi que le tunnel reliant Helsinki à Tallinn, sont absolument nécessaires pour relier plus étroitement l’extrémité nord de l’UE au reste de l’Europe grâce à un trafic ferroviaire à faibles émissions. La construction de Rail Baltica, qui relie l’Estonie aux États baltes et Berlin, a pris du retard. Avec une vingtaine de milliards d’euros on pourrait financer toutes les voies, trains et tunnels de Tampere à Berlin en utilisant une expertise de haut niveau qui existe en Espagne, en Italie, en France et en Allemagne. Cela renforcerait les constructeurs européens de trains à grande vitesse sur le marché mondial.
Si le fonds de relance devait allouer des fonds à un tel projet commun de l’UE, il serait certainement plus facile de le soutenir au gouvernement et au parlement finlandais, conclut Jyrki Palo.
KL

Politique étrangère et de sécurité

« Kanerva veut que l’UE ait son propre Conseil de sécurité » TS
Le président de la commission de la défense, Ilkka Kanerva (parti du Rassemblement national), est préoccupé par la situation actuelle dans l’UE. Il espère une nouvelle coopération en Europe. Il propose la création d’un Conseil de sécurité de l’Union européenne avec lequel l’Union pourrait avoir l’air forte.
« Avec la pandémie, l’Europe s’est réveillée concernant de nouvelles menaces », estime Kanerva. Selon lui, la lutte contre les menaces telles que les influences cyber et hybrides, le terrorisme, l’immigration incontrôlée et les pandémies doit être mieux coordonnée au sein de l’Europe.
La coopération aiderait, par exemple, à acheter des équipements de protection dans les pays de l’UE. « L’Union a la compétence et la capacité de maintenir la sécurité de l’approvisionnement, mais manque de prise de décision et d’organisation ».
M. Kanerva, président de la commission de la défense, est préoccupé par l’état actuel de l’Union. « La capacité décisionnelle de l’UE n’est pas bonne », dit-il.
Selon lui, pendant la crise du coronavirus, l’OTAN a fait plus pour ses États membres que l’Union européenne. « L’OTAN a aidé les pays membres à transporter des médicaments, même si l’OTAN est une organisation militaire et l’UE une organisation civile », se demande Kanerva.
Selon Kanerva, la principale observation à tirer à propos du coronavirus est que la mondialisation a reculé et que la politique de la force entre les grandes puissances s’est intensifiée. « Avec un Conseil de sécurité, on ne marcherait plus sur les pieds de l’Europe », estime Kanerva.
Aujourd’hui, l’UE est à la merci des grandes puissances en compétition. Lorsque le coronavirus a frappé, une coopération internationale était nécessaire, mais les pays de l’UE se sont repliés sur eux-mêmes. « La confiance dans l’Union a été faible pendant la crise ».
Kanerva admet que l’atmosphère n’est pas favorable à une nouvelle coopération européenne. La création d’un Conseil de sécurité nécessiterait d’abord un consensus sur les problèmes qui nous menacent. Selon Kanerva, l’UE n’a pas une vision unique des principales menaces. « Pour les pays du sud de l’Union, les problèmes africains et les problèmes d’immigration sont beaucoup plus importants que pour le nord ».
Kanerva considère que le fondement des valeurs de l’Europe de l’Est est problématique en termes de coopération. « Outre la Hongrie, il existe des problèmes en Pologne, en République tchèque et en Slovaquie. »
Les pays de l’UE ont également des opinions divergentes sur des questions stratégiques importantes, telles que le déploiement du réseau 5G. « Par exemple, les États-Unis ont mis en garde les pays de l’UE sur l’introduction de la 5G. »
Cependant, Kanerva se dit optimiste quant à la coopération en matière de sécurité, l’Allemagne ayant pris la présidence de l’Union. Selon lui, en Allemagne, on partage les mêmes vues qu’en Finlande sur les menaces.
« La Finlande devrait encourager l’Allemagne à développer sa coopération en matière de sécurité. Nous devons avoir une boussole stratégique commune. »
Le rôle de l’OTAN ou de l’ONU ne serait pas remplacé par le Conseil de sécurité de l’UE qu’imagine Kanerva. Selon Kanerva, le Conseil de sécurité de l’UE devrait coopérer avec l’OTAN sans toutefois marcher sur les pieds de l’OTAN.
La coopération en matière de sécurité envisagée par Kanerva n’est pas liée à la question de l’adhésion à l’OTAN, ce que son parti du Rassemblement national préconise traditionnellement.
« Cette question n’est pas en toile de fond maintenant. L’Union européenne devrait chercher à arbitrer les différends entre les États-Unis et la Russie, mais ce n’est pas réaliste s’il n’y a pas de ligne commune à l’égard de ces pays », dit-il.
D’autre part, la nouvelle ligne de politique étrangère et de sécurité du groupe parlementaire du parti du Rassemblement national, inspirée de la crise du coronavirus, considère que la Finlande doit s’efforcer de rétablir une compréhension entre les États-Unis et l’UE.
L’idée d’un Conseil de sécurité n’est pas proposée par le parti, mais par Kanerva.
« Il vaut mieux que ceux qui n’acceptent pas l’idée d’un Conseil de sécurité de l’UE tirent sur Kanerva et non sur le Rassemblement national », dit Kanerva.
TS

« Les États-Unis font également plus fortement pression sur la Finlande contre la Chine » Yle
Timo Koivurova, professeur à l’Université de Laponie, dit qu’il souffre toujours du traumatisme causé par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo lors de sa visite à Rovaniemi. Koivurova était membre de la délégation finlandaise lors de la réunion des ministres des affaires étrangères du Conseil de l’Arctique à Rovaniemi en mai 2019. La Finlande occupait alors la présidence du Conseil. A la surprise générale, Pompeo a prononcé un discours public de menaces contre la Chine et la Russie lors de la réunion qui était destinée à renforcer la coopération sur des questions telles que le changement climatique, le statut des peuples autochtones et la protection de l’environnement.
« Le discours était vraiment hostile. C’était une longue liste de ce que la Chine a fait de mal au monde, en Afrique, en Asie et ailleurs », dit Koivurova, directeur du Centre arctique de l’Université de Laponie.
L’expérience de Koivurova est un exemple de la façon dont la pression américaine sur les relations de la Finlande avec la Chine et les autres pays européens semble s’être intensifiée en même temps que les relations des États-Unis avec la Chine se durcissent, estime Yle.
En plus de Koivurova, plusieurs autres experts reconnaissent la pression américaine.
L’un des principaux chercheurs finlandais spécialiste de la Chine a déclaré que les États-Unis cherchaient également activement à influencer les relations de la Finlande avec la Chine. « Des observations ont également été faites en Finlande selon lesquelles des Américains étaient venus pour organiser des discussions en ce sens », a déclaré Jyrki Kallio du Foreign Policy Institute.
Kallio fait également référence à des sources du ministère finlandais des Affaires étrangères, qui disent que l’intérêt des États-Unis pour la coopération finlandaise avec la Chine a augmenté ces dernières années.
Jyrki Kallio souligne qu’il ne faut pas être naïf sur la Chine. Les menaces ne doivent pas être sous-estimées. Mais il faut aussi voir à travers le jeu de superpuissance des Américains.
Kallio et son collègue Bart Gaens ont écrit sur le sujet pour une étude publiée par le réseau ETNC des think tanks européens en Chine.
http://www.realinstitutoelcano.org/wps/wcm/connect/82e36c36-03a1-40f2-81a0-9a78ea6dfa95/ETNC-Europe-in-the-face-of-US-China-rivalry.pdf?MOD=AJPERES&CACHEID=82e36c36-03a1-40f2-81a0-9a78ea6dfa95)
La partie finlandaise du rapport indique que la pression américaine a un effet. Ainsi, le gouvernement finlandais, les municipalités et les universités ont commencé à voir la Chine plus comme une menace que comme une opportunité. Le rapport parle même de panique. Le changement s’est opéré rapidement et en partie sous la pression des États-Unis.
« Les petits acteurs tels que les municipalités, les entreprises et les universités sont beaucoup plus susceptibles d’être intimidés par la pression », dit Kallio.
Selon Jyrki Kallio, les États-Unis ont cherché à influencer au moins une université finlandaise. « On sait que l’ambassade des États-Unis s’est rendue sur place dans une université finlandaise pour exiger que l’université ne renforce pas sa coopération avec la Chine. C’est sans précédent », dit Kallio.
Kallio ne dit pas de quelle université il s’agit. Il ne sait pas si la pression a eu un effet - du moins pas encore.
Yle a demandé à cinq universités finlandaises effectuant des recherches chinoises si elles avaient subi des pressions. Aucune ne l’a admis.
William Couch, secrétaire de l’ambassade des États-Unis à Helsinki, affirme que l’allégation de pression américaine ne semble pas vraie. William Couch reconnaît néanmoins que la communication de la menace chinoise est une partie importante du travail des diplomates américains.
Couch dit que la Chine tente de nuire aux relations américano-européennes avec de fausses informations et des cyber campagnes. « La Chine menace d’éroder la démocratie au niveau international. Il est naturel que nous soyons vigilants contre une menace qui pèse sur notre liberté », répond Couch par e-mail. Couch donne des exemples où il dit que l’action américaine a porté ses fruits. La Grande-Bretagne envisage de rejeter Huawei de son réseau 5G. La Suède a fermé les instituts Confucius.
Dans son discours à Rovaniemi, Pompeo a mentionné la Chine comme une menace militaire dans l’Arctique. Koivurova n’est pas d’accord. Il a rédigé pour le gouvernement un rapport sur les défis de la coopération arctique avec la Chine. « Nous pensons que la Chine ne se comporte pas comme un acteur militaire dans la région. La Russie veille également à ce que le rôle de la Chine se cantonne à celui d’un investisseur économique. Le monde réel n’est actuellement pas en corrélation avec le point de vue américain », dit Koivurova.
Selon le rapport de l’ETNC, les États-Unis font également activement pression en Finlande contre la coopération avec Huawei. Yle a reçu la confirmation de sources du ministère finlandais des Affaires étrangères que la Finlande a également été mise en garde contre la coopération technologique avec des entreprises chinoises.
Les États-Unis s’inquiètent, entre autres, de la coopération entre la Finlande et la Chine dans le projet du passage du Nord-Est reliant l’océan Pacifique et l’océan Arctique atlantique. La Finlande participe à un projet de câble de télécommunications sous-marin, que Huawei serait également en train de construire. Le projet vise à accélérer les connexions de données entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord. Le câble passerait également par la Finlande.
Jyrki Kallio explique qu’en plus des relations économiques, les pays de l’UE ont commencé à accorder plus d’attention à la Chine en tant que puissance politique et militaire. « En ce sens, l’influence des États-Unis est couronnée de succès. En revanche, dans le différend Huawei, les États-Unis n’ont pas réussi autant qu’ils le souhaitaient », estime Kallio.
« Il ne faut pas être naïf sur la Chine, comme avec toute autre superpuissance », dit Kallio. La Chine promeut une position concurrentielle pour ses entreprises par des moyens douteux. Il faut aussi surveiller la croissance de son influence dans les organisations internationales, dit Kallio.
Les États-Unis veulent que l’Europe considère la Chine comme une menace pour la sécurité. Mais les pays européens veulent également travailler avec la Chine pour résoudre les problèmes commerciaux et internationaux tels que le changement climatique. Les experts finlandais constatent que les efforts d’influence des États-Unis reposent principalement sur leurs propres intérêts dans la lutte pour le pouvoir entre les grandes puissances.
L’Europe constate que la diplomatie chinoise dans le monde est également devenue de plus en plus agressive. La diplomatie des Wolf Warriors est maladroite en tant que tentative d’influence. La Chine se tire une balle dans le pied », estime Kallio. « On entend des choses que nous n’aurions pas attendues des diplomates auparavant ».
Kallio trouve inquiétant qu’à mesure que la rhétorique se durcit, le discours d’une nouvelle guerre froide commence à se réaliser. « C’est problématique si les États-Unis lancent une nouvelle guerre froide contre la Chine. Cela met l’Union européenne dans une situation délicate », conclut Kallio.
Yle

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publié le 09/07/2020

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