La francophonie et la France fêtées au lycée franco-finlandais [fi]

Le lycée franco-finlandais d’Helsinki fête la francophonie du 19 au 23 mars. Après la Belgique et avant le Maroc, le Canada et le Togo, c’est la France qui était à l’honneur mardi 20 mars. L’ambassadeur de France qui y était invité a pu rencontrer les enseignants et les élèves, écouter notamment des poèmes francophones récités par les collégiens et voir les bandes dessinées réalisées par les élèves du primaire.

Le discours de l’ambassadeur Serge Tomasi

"Cher Proviseur Kari KIVINEN, chers enseignants, Chers élèves du LFF à Helsinki
C’est toujours un honneur, et un plaisir, de venir ici, dans ce que j’aime appeler le vaisseau amiral de la promotion de la langue française en Finlande.
Vous apprenez ici le français, et grâce au travail remarquable de vos enseignants et grâce en particulier à l’initiative Noëllie RAILLON, vous savez maintenant que la France, c’est bien plus que ce territoire hexagonal situé à l’extrême ouest de l’Europe, de Dunkerque à Marseille. La France c’est aussi des départements, régions et collectivités Outre-Mer situés aux Amériques, en Océanie, dans l’océan indien et en Antarctique, de la Guadeloupe à La Réunion, de la Polynésie Française aux Terres australes et antarctiques. Vous pouvez presque faire un tour de la planète sans jamais sortir de France !

Mais je voudrais aussi vous parler de Francophonie, parce que la Francophonie c’est encore bien plus que la France.
La Francophonie, c’est 84 pays dans le monde ( membres et observateurs), soit pas loin de la moitié des Etats reconnus par l’ONU, qui ont en partage l’usage de la langue française et qui coopèrent pour promouvoir des valeurs de tolérance, de respect de la diversité linguistique et culturelle, de promotion de la paix, de la démocratie, et pour encourager le développement de l’éducation et de la recherche.

Parlant de Francophonie, et de la langue française, je ne saurais faire l’impasse sur Léopold Sédar Senghor (LSS).
Comme je l’ai déjà dit à la soirée de gala organisée il y a 10 jours ici-même, Senghor, l’ancien Président sénégalais, avait prononcé un jour cette sublime phrase : « dans les décombres du colonialisme, nous avons trouvé cet outil merveilleux, la langue française »
Alors, chers élèves, pensez à Léopold Sedar Senghor quand vous peinez sur l’apprentissage ô combien difficile de la grammaire française. Il faut dire que LSS, ce Président qui a conduit pacifiquement son pays à l’indépendance, avait été agrégé de grammaire française, premier écrivain africain reçu à l’Académie française, il était aussi un grand poète. Poète de la négritude, avec le Martiniquais Aimé Cesaire, ils ont contribué à rendre leur fierté aux gens de couleur.

Et Léopold Sédar Senghor, l’Africain, c’est lui qui, avec d’autres Présidents, Hamani Diori du Niger, Bourguiba de Tunisie, le prince Sihanouk du Cambodge, ont été à l’origine des premières institutions de la Francophonie, en créant dans les années 60 la Confemen et puis l’ACCT.

Comme vous pouvez le voir, la Francophonie, c’est bien plus grand que la France, c’est environ 300 millions de personnes qui partagent l’usage du français, présents sur les 5 continents, dont 55 % sur le continent africain. La Francophonie doit beaucoup à l’Afrique, et l’Afrique est son avenir car la croissance démographique, politique et économique de l’Afrique sera un fait majeur du 21ème siècle naissant.
Je ne peux pas vous parler ici de Francophonie et d’Afrique sans vous citer un des plus grands auteurs francophones d’Afrique, Hampâté Bâ. Hampâté Bâ, ethnologue et écrivain bilingue (il a publié la plupart de ses ouvrages à la fois en français et dans sa langue maternelle, le peul), est né à Bandiagara, dont les falaises au cœur du Mali, dans le pays Dogon, sont si célèbres. Haut lieu symbolique pour les africains, car longtemps capitale de l’empire toucouleur qui s’étendait des rives de l’atlantique jusqu’aux confins du lac Tchad.

Hampâté Bâ a écrit un des plus beaux livres de la littérature francophone « L’enfant peul ». C’est un livre qui aide à comprendre et à aimer l’Afrique.
Hampâté Bâ est mondialement connu pour avoir été le défenseur inlassable de la tradition orale africaine, et de la culture africaine, que certains ignorants osaient nier jusqu’à l’existence. Il s’est rendu célèbre par une formidable réponse apportée, en Français, à l’Unesco, dans un débat où un orateur avait affirmé je cite « que les Africains étaient ingrats, ignorants et analphabètes ».

Et Hampate Bâ, puits incommensurable de culture et de savoir en ethnologie, se leva et répondit, dans un excellent français, sa phrase magique, tiré de son ouvrage l’enfant peul dont je vous parlais : « je concède que nous soyons analphabètes, mais je ne vous concède pas que nous soyons ignorants. …. Apprenez que dans mon pays, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ».
Par cette réplique, il terrassait celui qui venait d’insulter un continent.
Par cette seule phrase, il résumait d’un trait toute la tradition orale africaine, il exprimait aussi le respect profond des Africains pour les anciens, détenteurs et passeurs de savoir et de culture dans des pays qui longtemps n’ont pas eu accès aux livres. Par cette phrase, il disait beaucoup aussi du dénuement d’un continent où les taux de scolarisation étaient misérable, où on n’avait souvent ni livres ni écoles ni bibliothèques.
Alors je vous le dis, chers élèves, comme j’ai dit à vos aînés, il y a un an lorsque je les recevais à l’occasion de la remise des casquettes blanches 2017,vous qui avez la chance d’étudier dans un bon lycée, avec des enseignants dévoués , faites comme Hampate Bâ, soyez bilingues pour rester fidèles à ce que vous êtes, des Finlandais, et pour pouvoir parler au monde entier, en français.
Savez-vous ce qu’est un caméléon ?
Oui, bien sûr, le caméléon est un reptile, qui a la faculté de s’adapter à son environnement en changeant de couleur.

Dans un de ses livres, Hampâté Bâ, en utilisant une de ces métaphores animalières chères aux Africains, nous dit encore :
« Quand il arrive dans un endroit, le caméléon prend la couleur du lieu. Ce n’est pas de l’hypocrisie, c’est d’abord la tolérance et puis le savoir-vivre. Se heurter les uns et les autres n’arrange rien. Jamais on n’a rien construit dans la bagarre. La bagarre détruit. Donc la mutuelle compréhension est un grand devoir pour chacun de nous. Il faudrait toujours chercher à comprendre notre prochain. Si nous existons, il faut admettre que lui aussi existe ».

Alors chers élèves du LFF, soyez-vous aussi des caméléons : parler un jour finnois, un jour français, et utilisez la langue et la culture pour promouvoir un langage universel, celui de la diversité culturelle, de la tolérance et du respect d’autrui. C’est cela la Francophonie !
Serge TOMASI, Ambassadeur
Lycée franco-finlandais d’Helsinki
20 mars 2018

La vidéo du poème Dis-Leurs d’Ernest Pépin par les élèves du LFF

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publié le 04/04/2018

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