Interview de la ministre déléguée aux Affaires européennes, dans Helsingin Sanomat, le 7.9

LA MINISTRE FRANÇAISE DES AFFAIRES EUROPEENNES ESPERE UN RENFORCEMENT DE L’EUROGROUPE DANS L’UE

Une « super majorité » pourrait remplacer l’unanimité dans la prise de décisions

La France souhaite un renforcement de l’eurogroupe afin qu’il devienne un acteur plus polyvalent à l’intérieur de l’UE.
La ministre française déléguée aux Affaires étrangères, Mme Catherine Colonna, propose, entre autres, que l’eurogroupe traite de plus en plus des questions sociales. Elle a également présenté l’idée de sommets entre les dirigeants des pays de l’euro.

« On devrait aussi utiliser, plus qu’on ne le fait aujourd’hui, le cadre de l’eurogroupe qui (- -) réunit les pays qui ont en commun d’être déjà plus intégrés », a dit Mme Colonna à Helsingin Sanomat.

Elle effectue, ce jour, une visite à Helsinki pour des entretiens avec le ministre des Affaires étrangères, M. Tuomioja et la ministre chargée des Affaires européennes, Mme Lehtomäki.

La monnaie unique est un des meilleurs exemples de la façon dont une partie des Etats membres peuvent renforcer leur coopération sans la participation de l’ensemble des Etats. Douze des vingt-cinq Etats membres sont dans l’eurogroupe. Au 1er janvier, ils seront treize avec l’introduction de l’euro en Slovénie.

Les ministres des Finances des pays de l’eurogroupe se réunissent régulièrement pour examiner la politique économique. Selon Mme Colonna, les ministres des Affaires sociales pourraient de temps à autre participer à ces réunions.

La volonté de renforcer l’eurogroupe fait penser aux souhaits que les hommes politiques français expriment régulièrement concernant un noyau dur de l’UE. Mme Colonna souligne toutefois que la France renforcerait la coopération de préférence avec l’ensemble des Etats membres. Selon elle, la France ne souhaite en aucun cas créer de groupes fermés au sein de l’Union. L’eurogroupe est ouvert à tout pays membre qui remplit les critères.

« J’insiste sur le fait que nous ne voulons rien faire qui paraisse diviser les Européens », dit-elle. « L’eurogroupe existe, ce n’est pas une invention et, comme il existe, on peut s’en servir », a dit Mme Colonna.

En toile de fond, point le désir de Mme Colonna de voir les Etats membres renforcer de l’harmonisation de leurs politiques économiques. La semaine dernière, dans un discours prononcé devant les ambassadeurs français, la ministre a durement critiqué la « fatigue généralisée » de l’union. Elle a aussi regretté que son mode de fonctionnement devienne de plus en plus intergouvernemental.

« Le déficit d’attractivité dont souffre actuellement l’Europe aux yeux de ses citoyens vient très largement de son déficit de résultats dans le domaine économique et social », a-t-elle dit dans son discours.

Outre un renforcement de l’eurogroupe, elle a proposé notamment la mise en place d’un salaire minimum européen, dont le niveau serait fonction du niveau économique de chaque Etat membre.

Le fait que ce soit justement la France qui ait été, ces dernières années, en difficulté pour se conformer aux critères de la politique monétaire ne constitue pas, pour Mme Colonna, un obstacle au renforcement de la coopération.
« Nous respectons les critères de Maastricht, on est revenu en dessous 3 % », fait-elle remarquer en visant le déficit français. Jusqu’à cette année, la France dépassait le niveau de 3% fixé dans le pacte de stabilité et de croissance.
« La France a évolué. Elle s’adapte de plus en plus à l’économie mondialisée, à la concurrence et à l’ouverture des marchés », assure Mme Colonna.

Le problème de l’UE, selon elle, est la lenteur du processus de décision. Le traité constitutionnel, actuellement en suspens, avait pour objet de renforcer l’efficacité des procédures de décisions.

Même si le devenir du traité constitutionnel n’est pas réglé, la ministre des Affaires européennes estime qu’il est indispensable de modifier les structures et les règles de fonctionnement de l’UE. Pour pallier la lenteur des processus de décisions, elle propose, par exemple, une « super majorité qualifiée ». Les questions qui nécessitent aujourd’hui l’unanimité, pourraient être décidées à la majorité d’un nombre très important des Etats membres.
HS/B3

publié le 24/01/2008

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