Hubert Védrine a donné une conférence sur L’Europe face aux crises : migrants, Proche et Moyen-Orient, Russie [fi]

Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires étrangères, a donné une conférence à Helsinki pour présenter les défis géopolitiques actuels pour l’Europe, le 22 mars 2016.

Organisée par l’Institut français en Finlande en coopération avec l’association des anciens élèves finlandais de l’ENA, la conférence de M. Védrine était une occasion unique d’écouter un expert internationalement reconnu sur les questions soulevées par la crise des migrants en Europe, la situation au Moyen-Orient et les moyens de lutter contre DAECH ou encore les relations de la Russie avec l’Europe.

Regardez les principaux extraits de la conférence


Conférence d'Hubert Védrine à Helsinki, le 22... par francefinlandetv


Conférence d'Hubert Védrine à Helsinki, le 22... par francefinlandetv


Conférence d'Hubert Védrine à Helsinki, le 22... par francefinlandetv


Conférence d'Hubert Védrine à Helsinki, le 22... par francefinlandetv


Conférence d'Hubert Védrine à Helsinki, le 22... par francefinlandetv


Conférence d'Hubert Védrine à Helsinki, le 22... par francefinlandetv

Interview de M. Védrine parue dans Helsingin Sanomat le 29 mars

Helsingin Sanomat (premier quotidien finlandais) publie une interview de l’ancien Ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, réalisée lors de son passage à Helsinki, la semaine dernière, où il a fait une conférence à l’invitation de l’Institut français et de l’association des anciens élèves de l’ENA.

Le rêve européen s’est brisé sur la réalité

Au début des années 2000, l’Europe allait encore bien ; aujourd’hui elle doit faire face à de nombreuses menaces.
Par Petteri Tuohinen

Une décennie est un temps très court pour l’humanité mais durant la dernière décennie, l’UE a connu des changements qui personne n’avait su prévoir.

Revenons au 1er janvier 2002. On faisait alors la queue devant les distributeurs de billets pour avoir ses premiers euros.
La frénésie des réformes battait son plein dans l’UE et l’on jouait l’Hymne à la joie aussi fort que possible. Après le passage à l’euro, l’UE s’est élargie de 15 à 25 Etats membres.
On commençait à rêver d’une constitution et la foi en l’avenir était très forte. L’UE était devenue la première économie du monde.

« L’Europe a longtemps eu une vison angélique du monde. Les Européens croyaient qu’ils pourraient influencer le monde à leur guise », déclare M. Hubert Védrine qui était ministre des Affaires étrangères jusqu’en 2002.

« Les Européens avaient alors des idées bonnes et agréables, mais un peu abstraites. On voulait « plus d’Europe ». Comme si le monde n’était constitué que de quelques milliards de gens sympathiques. Nous avons baigné dans une politique irréaliste et aujourd’hui nous nous réveillons après avoir buté sur la dure réalité du monde », dit M. Védrine.

Par politique irréaliste, il veut notamment dire à quel point les élites européennes se sont coupées des peuples. Cela s’est vu concrètement en 2005 quand Français et Néerlandais ont voté contre le projet de constitution européenne. Les arguments pour une Europe plus intégrée n’ont alors trouvé aucun écho.
« L’utopie européenne est agréable et part de bons sentiments. Elle n’a toutefois pas pris en compte la situation réelle du monde, nie le fait que les Européens souhaitaient garder leurs identités. L’élargissement de l’UE a aggravé la situation, même si à l’époque il était bien évidemment impossible de s’y opposer ».

Quand on passe du début des années 2000 à l’année 2016, l’Europe a bien changé. Elle s’est assombrie.
La Russie a envahi une partie de son voisin l’Ukraine. La liste des autres problèmes est longue : la Grande-Bretagne pourrait quitter l’UE, plus d’un millions de réfugiés sont arrivés en Europe l’année dernière, les Etats membres sont en difficulté financière, la Grèce est au bord de la faillite, les partis d’extrême-droite et les extrémismes continuent de progresser, le terrorisme islamiste est un phénomène récurrent. Etc

La semaine dernière, l’Europe a été frappée de plein fouet quand les Islamistes ont tué plus de 30 personnes à Bruxelles. On n’a pas pu empêcher les attentats, bien que nombreux étaient ceux qui disaient qu’ils s’y attendaient.
L’Europe semble attaquée de toutes parts.
« Le principal problème de l’Europe est la concentration de tous ces problèmes et leur concomitance. Si l’Europe n’était pas aussi divisée, elle aurait pu se préparer depuis des années, par exemple à faire face à une crise migratoire ».

Il n’y a pas de réponse simple aux problèmes de l’Europe, il faut simplement les traiter séparément, estime M. Védrine.
Par exemple, les accords de Schengen sur la libre-circulation devraient être renégociés afin que l’on puisse s’assurer du contrôle des frontières extérieures. Dans le nouvel accord, il ne serait peut être pas possible d’y inclure la Grèce dont les innombrables îles sont très difficiles à surveiller.
De même, l’élargissement de l’UE dans la situation actuelle n’est plus possible, même si l’UE continue de mener des négociations d’adhésion avec la Turquie.
« Il serait plus honnête d’arrêter les négociations avec la Turquie. Il est hypocrite de laisser comprendre aux Turcs qu’ils pourront un jour rejoindre l’union. Même si l’on arrivait à négocier un accord d’adhésion, les 28 Etats membres ne ratifieraient pas l’adhésion de la Turquie à l’UE ».
Cette année, l’UE et la Turquie ont néanmoins décidé de relancer les négociations d’adhésion.
« Dans la crise actuelle, personne ne peut dire à voix haute que la Turquie ne peut pas devenir membre de l’UE. Sinon, la Turquie cesserait le dialogue et enverrait des millions de réfugiés en Europe. La Turquie doit être un partenaire stratégique de l’Europe, mais c’est autre chose qu’un Etat membre ».

Les nuages sombres qui stationnent au-dessus de l’Europe semblent menaçants. L’Europe n’a-t-elle donc pas d’avenir meilleur ?
Si, rassure M. Védrine.
Cela nécessite néanmoins par exemple que l’UE traite seulement ce qui peut être traité au niveau européen et laisse au niveau des Etats les autres décisions. C’est le principe qu’essaye de respecter la Commission actuelle en diminuant les réglementations.
Mais que reste-t-il alors comme finalité pour l’Europe ?
Pour M. Védrine, cette question est plus importante que, par exemple, de résoudre la crise des réfugiés.
« Notre objectif est de sauvegarder le mode de vie européen qui nous rassemble tous. La société européenne est unique ; on n’a pas fait mieux dans l’histoire de l’humanité. Elle n’est pas parfaite mais nous sommes arrivés au plus près possible du bien ».

Hubert Védrine

Ancien conseiller diplomatique de François Mitterrand puis ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin de 1997 à 2002.
Expert en relations internationales. A notamment remis un rapport au Président Hollande sur l’OTAN, la relation transatlantique et l’Europe de la Défense. Dirige la fondation François Mitterrand.
Est venu souvent en Finlande. A participé en mars à une conférence à l’invitation de l’Institut français et de l’association des anciens élèves de l’ENA.

Photos de la conférence

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Invitation de la conférence

PDF - 1.1 Mo
Invitation pour la conférence
(PDF - 1.1 Mo)

publié le 30/03/2016

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