Déplacement en Finlande de M. Douste-Blazy, à l’occasion de la Conférence des ministres des Affaires étrangères du partenariat euro-méditerranéen.

Conférence des ministres des Affaires étrangères du partenariat euro-méditerranéen

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8EME CONFERENCE DE L’EUROMED
CONFERENCE DE PRESSE
DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES,
M. PHILIPPE DOUSTE-BLAZY

(Tampere, 28 novembre 2006)

Je voudrais d’abord vous dire combien j’ai été heureux de participer à ce forum, ce partenariat euro-méditerranéen. Je voudrais, bien sûr, remercier la présidence finlandaise et en particulier mon collègue, Erkki, d’avoir organisé cette huitième conférence à Tampere, un an jour pour jour après le Sommet de Barcelone.

Vous savez l’importance que la France attache à ce partenariat pour la paix la stabilité, la démocratie, le développement dans cette région. Ce partenariat fait la preuve de sa nécessité et de sa légitimité. Nous avons eu hier soir et ce matin des discussions très nourries sur la situation au Proche-Orient, au Moyen-Orient également, ainsi que sur les progrès réalisés dans le cadre du partenariat, à la suite de ce que les chefs d’Etat et de gouvernement avaient déjà décidé à Barcelone. Le partenariat euro-méditerranéen continue à s’affirmer comme l’enceinte continue, privilégiée de notre dialogue et de la coopération en vue de la constitution progressive d’un espace commun, riche de flux humains, économiques et culturels de part et d’autre de la Méditerranée.

Le besoin de progresser sur le volet politique, sur le volet de la sécurité et la mise en oeuvre du code de conduite contre le terrorisme me paraissent aujourd’hui extrêmement importants.

Par ailleurs, et Amr Moussa l’a dit à de nombreuses reprises en tant que président de la Ligue arabe, il est excessivement important de développer les activités de formation et d’enseignement supérieur. Le président Chirac avait parlé d’un véritable Erasmus méditerranéen. Il faut que l’on puisse avoir les moyens et les outils pour lutter contre le choc des ignorances, pour que les cultures se rencontrent, pour que les civilisations se comprennent. Cela passe par l’enseignement supérieur, par les universités, par les bourses, y compris pour les plus faibles et les plus démunis.

Enfin, nous avons évoqué la poursuite de la réforme des méthodes de travail, engagée dans le cadre du partenariat, afin de trouver de nouveaux instruments financiers : les mandats extérieurs de la Banque européenne d’investissement, le renforcement de la FEMIP (Facilité euroméditerranéenne d’investissement et de partenariat). Je suis à votre disposition pour parler de ces sujets.

Je souhaite également faire le point sur ce qui a été dit lors du dîner, hier soir et dans les discussions, ce matin, sur le Proche-Orient. Je voudrais saluer les développements positifs de ces derniers jours et de ces dernières heures. Deux mots caractérisent cette période récente : opportunité, parce qu’il y a une fenêtre d’opportunité, et responsabilité.

Opportunité parce que je fais le constat, aujourd’hui, qu’il y a des conditions plus favorables pour relancer une dynamique de dialogue de paix. Il y a tout d’abord le cessez-le-feu, voulu par les factions palestiniennes et accepté par les Israéliens. Et puis il y a l’ouverture du Premier ministre israélien qui se dit prêt à travailler avec un nouveau gouvernement palestinien, ainsi qu’à rencontrer le président Abbas, et qui exprime la disponibilité d’Israël de se retirer d’une grande partie des Territoires occupés.

Il y a également les déclarations responsables des dirigeants du Hamas qui parlent de l’objectif d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, ce qui équivaut à une reconnaissance implicite d’Israël. Le sentiment dominant est qu’il y a une disponibilité nouvelle, de part et d’autre, pour relancer le processus de paix. Cela, c’est l’opportunité : nous ne devons pas manquer cette fenêtre d’opportunité pour relancer le processus de paix au Proche-Orient.

Et puis, il y a la responsabilité. L’exigence de responsabilité, c’est savoir saisir l’opportunité que représente cette situation nouvelle. Cela implique de consolider le cessez-le-feu en ne répondant pas aux provocations des extrémistes qui ne manqueront pas. Cela implique, ensuite, si le prochain gouvernement palestinien que Mahmoud Abbas tente de constituer reflète les demandes de la communauté internationale, de reconnaître que cela constitue un progrès et d’être prêt à travailler avec ce nouveau gouvernement. Si le nouveau gouvernement que Mahmoud Abbas souhaite se met en place rapidement et s’il reflète les propositions de la communauté internationale, alors oui, il faudra le considérer comme un interlocuteur. Cela implique enfin et surtout de mettre ces évolutions majeures à profit, de donner une impulsion décisive au processus de paix en relançant les négociations en vue d’un règlement final. C’est ce que nous avons voulu dire avec nos amis espagnols à Gérone, il y a quelques jours, et je suis heureux qu’à la suite de l’appel du président Chirac et du président Zapatero, il ait pu y avoir cette relance du processus de paix.

Pour la première fois depuis longtemps au Proche-Orient, un faisceau de facteurs favorables semble ainsi se mettre en place. Aujourd’hui, Il existe non seulement une conscience partagée que le statu quo n’est pas tenable, mais également des conditions meilleures pour passer du constat à l’action. C’est au fond ce que la France souhaite et je suis heureux de voir que notre volonté d’agir soit aujourd’hui mieux comprise et mieux partagée.

Q - Est-ce que Mme Livni, après les déclarations du Premier ministre Olmert, vous a présenté des propositions concrètes, un calendrier ou bien en est-elle encore au stade de l’annonce ? Deuxième chose, avec ces évolutions, est-ce que la reprise de l’aide aux Palestiniens est maintenant envisageable, ou bien est-ce qu’il y a encore d’autres conditions à satisfaire ?

R - Deux remarques. Premièrement, il est évident que le cessez-le-feu depuis deux jours est un geste concret. Je vois bien que s’il y avait des incidents, ils feraient le jeu des extrémistes. Il faut respecter ce cessez-le-feu. Il faut que la raison et la volonté de paix puissent l’emporter. Il ne faut pas riposter à ceux qui, d’une manière extrémiste, essaient de rompre le cessez-le-feu. Il faut donc poursuivre le cessez-le-feu : cela c’est concret, Mme Livni l’a dit. Elle a également annoncé que le Premier ministre Olmert était prêt à rencontrer Mahmoud Abbas et qu’il fallait aider les modérés. Je sens par conséquent qu’il existe des conditions favorables, cela c’est concret.

Deuxièmement : l’aide aux Palestiniens. D’abord, je voudrais faire une remarque : l’Union européenne n’aura jamais autant donné qu’en 2006 aux Territoires palestiniens - plus de 630 millions d’euros. Je le rappelle parce qu’il a été souvent dit que l’Union européenne avait interrompu son aide. Ce n’est pas vrai. Ceci étant, vous avez raison de dire que, si le nouveau gouvernement palestinien d’union nationale devait être mis en oeuvre, s’il devait refléter les demandes de la communauté internationale, alors oui, il serait normal de le considérer comme un interlocuteur et de reprendre l’aide aux Palestiniens. J’ai lu récemment ce que les médecins, les infirmières, les responsables des hôpitaux dans les Territoires occupés disaient : "la situation humanitaire est catastrophique !". Bien évidemment, il faudra reprendre, et nous l’avons demandé aux Israéliens, le versement des taxes sur les produits importés depuis les Territoires palestiniens.

Q - Monsieur le Ministre, en ce qui concerne le dialogue euro-méditerranéen, quelles mesures a provoqué le problème de l’immigration venant de la Méditerranée ?

R - Comme vous le savez, nous avons eu une conférence à Rabat qui a permis de beaucoup avancer dans le domaine des migrations. Cela n’a pas été l’objet d’une discussion spécifique et particulière ici. Vous me demandez l’avis de la France, il est simple.

Nous assistons, par exemple aux Canaries, au début de l’arrivée d’une vague d’immigration massive des pays du Sud vers les pays du Nord. Ce qui se passe aux Canaries n’est pas uniquement un problème espagnol. C’est un sujet européen qui soulève toutes les questions liées aux enjeux de cette immigration massive qui va toucher nos pays. Pourquoi ? Parce que la question du co-développement et du retour des migrants dans leurs pays d’origine n’est pas encore suffisamment prise en compte. On sait aujourd’hui que des pays comme l’Algérie, le Maroc et la Tunisie sont des pays de transit et non plus des pays d’origine des migrations. La seule solution est de trouver des financements innovants qui permettront de diminuer le fossé de plus en plus béant entre les pays pauvres et les pays riches, lesquels deviennent de plus en plus riches par le biais de la mondialisation.

C’est ce que le président Lula et le président Chirac ont voulu faire, en novembre 2004, à Genève avec le Secrétaire général des Nations unies, M. Kofi Annan. Nous avons créé UNITAID : tous unis pour aider, pour lutter contre la maladie, la tuberculose, le sida, pour que les pays pauvres puissent enfin se payer les médicaments dont ils ont besoin et qui sont trop chers aujourd’hui. UNITAID, ce n’est rien d’autre qu’une centrale d’achat mondiale qui permet de faire baisser le prix des médicaments pour les pays du Sud grâce à l’action menée avec les génériques, les industries pharmaceutiques.

C’est ce que je soulignerai avec le président Clinton et Mme Gandhi lors de mon déplacement en Inde jeudi matin.

Ce ne sont ni des lois, ni des mitraillettes, ni des forces armées qui empêcheront l’immigration des gens pauvres qui n’ont plus rien, sauf à croire dans les faux miracles que leur proposent certains pays du Nord.

Ce sera le co-développement. Et ce n’est pas pour rien que le Prix Nobel de la paix a été donné à l’inventeur du micro-crédit.

Il y a aussi la lutte pour la santé. Vous connaissez les chiffres aussi bien que moi : deux millions de morts de tuberculose alors qu’un antibiotique existe. Un enfant toutes les 30 secondes meurt de paludisme en Afrique parce que nous faisons preuve d’un égoïsme forcené. C’est cela la problématique de l’immigration.

Q - Monsieur le Ministre, la présidence finlandaise disait hier que l’essentiel des solutions contenues dans l’initiative de Gérone était contenu dans des déclarations, notamment celles du Quartet. Est-ce que cette initiative vit encore ?

Deuxième question : est-ce que l’on a avancé sur le financement du processus Euromed ?

R - Concernant l’initiative de Gérone, l’initiative des présidents Zapatero et Chirac en association avec les Italiens, il ne s’agissait pas de se substituer ou d’imposer quoi que ce soit aux parties. Il s’agissait uniquement de souligner l’urgence de l’action. Nous voyons avec satisfaction que, quelques jours après le Sommet de Gérone, et je ne sais pas s’il y a une relation de cause à effet, il y a eu un développement positif, une ouverture de part et d’autre. C’est évidemment capital. Donc, ces initiatives sont prises en compte par les parties aujourd’hui. J’ai rencontré le ministre des Affaires étrangères palestinien, il y a un instant. Je rencontrerai Mme Livni dans quelques instants, et je la recevrai, par ailleurs, au Quai d’Orsay, le 6 décembre prochain. Nous aurons l’occasion de jouer notre rôle. Si le nouveau gouvernement d’union nationale, dont on parle dans l’initiative de Gérone, venait à reconnaître les grands principes de la communauté internationale, alors, oui, il faudra les considérer comme des interlocuteurs.

Sur les financements, il faut mettre en place de nouveaux instruments ; les mandats de la Banque européenne d’investissement, le renforcement du FMI. Je crois aussi qu’il faut des coopérations renforcées. Comme vous le savez, la BEI va donner 8,7 milliards d’euros pour la période 2007-2013.

Si votre question est de savoir s’il faudra demain des instruments financiers spécifiques, je crois en effet qu’il faudra aller dans cette direction mais, pour l’instant, on n’en est pas encore là. Nous sommes actuellement dans une étape intermédiaire.

Mais, vous avez raison, lorsque l’on regarde le développement du micro-crédit dans certains pays, on s’aperçoit qu’à la fin de cette période 2007-2013, les banques seront amenées à considérer le micro-crédit comme un outil plus important que le prêt à certains clients importants.

Q - Dans quelle mesure y a-t-il une coordination de points de vue entre l’Union européenne et les Etats-Unis sur le Proche-Orient ?

R - On travaille ensemble en général, même si parfois nos positions sont différentes. Par exemple, l’autre jour, au Conseil de sécurité des Nations unies, une résolution équilibrée qui dénonçait, à la fois, les tirs de roquettes palestiniens, et aussi ce qui s’était passé à Beit Anoun, a été présentée ; nous avons voté cette résolution alors que les Américains ont mis leur veto et que des Européens se sont abstenus. Faisons d’abord des efforts pour avoir une politique européenne. Je fais partie de ceux qui pensent que l’Union européenne doit devenir une union politique. Que la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) doit devenir un élément majeur de la vie de la communauté internationale.

Je voudrais saluer le travail de Javier Solana en ce sens. Mais nous devons travailler et avoir une procédure de plus en plus nette et précise pour bien définir notre PESC. Vis-à-vis des Américains, sur certains sujets nous sommes d’accord et sur d’autres nous le sommes moins. Mais, quand on est amis, il ne faut pas avoir peur d’expliquer de temps en temps que nous ne sommes pas en accord.

Q - Savez-vous si Mme Livni et M. Chaath ont amorcé un dialogue à Tampere ?

R - Je ne peux pas répondre à cette question parce que je n’ai pas eu de retour particulier sur cette rencontre.

Q - Le ministre des Affaires étrangères syrien a accusé la France d’interférence au Liban.

R - Je n’ai pas connaissance de ces propos. S’ils étaient confirmés, ils ne manqueraient pas de sel compte tenu du pays qui les tient. La France n’a qu’un seul objectif au Liban, la souveraineté, l’indépendance, la liberté de son peuple. Et nous aimerions que tous les pays de la région partagent le même objectif.

Q - M. Gul a dit hier que l’Union européenne était prise en otage par Chypre. Etes-vous d’accord ?

R - Nous avons pris note de l’échec, malgré tous les efforts de la présidence finlandaise, de ces négociations d’adhésion avec la Turquie. La commission doit nous remettre des recommandations. Mais je pense que l’Union européenne doit répondre au refus turc de mettre en oeuvre l’union douanière à l’égard de Chypre. Il ne s’agit pas de rompre le processus mais d’être ferme sur nos exigences essentielles. Je rappelle que les 25 ministres des Affaires étrangères qui s’étaient réunis au mois de septembre 2005, au Pays de Galles, avaient dit que la Turquie avait jusqu’à la fin de l’année 2006 pour permettre aux ports et aux aéroports turcs de s’ouvrir aux avions et navires en provenance de Chypre.

Nous veillerons à ce que l’ensemble du processus de négociation ne soit pas mis en danger et qu’il puisse reprendre pleinement, mais à une condition : dès que les obligations sur l’union douanière seront satisfaites par la Turquie. La Turquie est un grand pays, un partenaire stratégique d’une grande importance pour nous. Je souhaite sincèrement que nous puissions rapidement dépasser ces difficultés, mais je tenais à faire cette mise au point./.

publié le 23/01/2008

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