Déplacement du Ministre de l’Intérieur à Helsinki [fi]

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Le Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a participé, mercredi 17 et jeudi 18 juillet à la réunion informelle des ministres européens en charge des Affaires intérieures à Helsinki. Il a salué son homologue finlandaise Maria Ohisalo à son arrivée au Palais Finlandia jeudi matin.

Présidence finlandaise - Migrations - Déclaration de M. Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, en marge de la réunion informelle des ministres européens de l’intérieur (Helsinki, 18 juillet 2019)

Mesdames et Messieurs,

Quelques mots en français pour évoquer un des points qui nous rassemble aujourd’hui sur notre ambitieux programme de travail de cette journée sous présidence finlandaise. Un des points seulement parce que de nombreux sujets sont à l’ordre du jour et je ne voudrais pas que l’attention soit seulement portée à l’initiative que nous aurons prise avec les Allemands pour réfléchir à une plus grande solidarité dans la prise en charge des débarquements de bateaux de migrants qui pour l’essentiel viennent en Libye compte tenu du phénomène que vous connaissez en Méditerranée centrale.

D’abord je voudrais rappeler que nous ne sommes pas du tout dans la situation que nous avons connue en 2015 et dans les années qui ont suivi. Nous sommes aujourd’hui sur des arrivées, des débarquements qui portent sur un nombre faible de personnes. Et pourtant, même si ce flux a baissé, il y a depuis le début de l’année 700 morts en Méditerranée. Donc il est absolument indispensable que nous puissions mieux gérer la situation de ces bateaux, mieux gérer la situation de ces migrants, mieux gérer les secours que nous devons aux personnes qui traversent la Méditerranée. Nous devons aussi plus de solidarité avec les pays de débarquement, et il ne m’appartient pas de rentrer dans la discussion de savoir dans quel port sûr le plus proche les bateaux doivent débarquer.

Nous avons pris une position avec le ministre allemand de l’Intérieur et la présidence finlandaise pour que nous puissions développer une plus grande solidarité infra-européenne. En France, depuis que je suis responsable du Ministère de l’Intérieur, à chaque fois qu’un bateau a eu l’occasion de débarquer en Espagne, en Italie, à Malte, la France a systématiquement accepté, tendu la main et pris en charge un certain nombre de réfugiés, avec toujours une approche très empirique, au cas par cas, avec toujours une discussion qui se fait sous l’autorité de la Commission européenne et qui du coup se fait sans règle.

Nous avons proposé qu’il y ait des règles de solidarité qui soient établies. Nous avons proposé aussi qu’un plus grand nombre de pays européens jouent le jeu de cette solidarité. La discussion a été ouverte hier, elle s’est poursuivie ce matin. Hier collectivement avec des opinions très différentes, avec certains qui étaient pour le refus même de l’accueil, d‘autres pour un accueil plus solidaire, plus généreux mais beaucoup d’inquiétudes notamment celle d’imaginer que ce que nous voulons mettre en place génère un effet d’attraction et qu’au fond cela suscite des arrivées en nombres plus importants que ce que les pays de premier accueil sont obligés aujourd’hui de gérer dans les situations auxquelles ils doivent faire face. Et donc qu’au fond, que cet effet d’attraction puisse susciter aussi des prises de risque supplémentaires, nouvelles, et cela n’est pas notre objectif. Nous avons poursuivi les échanges cette nuit entre experts et puis ce matin, avec là encore le minist re allemand, le ministre italien, le ministre maltais pour avancer sur ces sujets.
Nous poursuivons nos discussions, elles se poursuivront lundi à Paris sous l’autorité d’une initiative que nous avons prise. Le Président de la République nous a demandé de réunir les ministres des Affaires étrangères, les ministres de l’Intérieur. Nous poursuivrons nos échanges afin de trouver un accord qui permette plus de responsabilité, plus de solidarité, et que nous puissions aujourd’hui faire en sorte que le combat contre le risque en mer, contre le danger qu’encourent ces femmes, ces hommes, ces enfants qui meurent en mer puisse tous nous rassembler. Il s’agit d’une réaction humanitaire d’urgence, il ne s’agit pas aujourd’hui de changer notre politique globale en matière de migration internationale. Cela n’est pas le cas, ni dans le pays qui nous accueille, ni en France, ni dans d’autres pays européens, mais il s’agit de montrer que l’Europe peut être à la hauteur du rendez-vous, des obligations humanitaires qu’elle a, et je suis heureux de voir comment nous travaillons main dans la main avec le ministre allemand sur ce sujet sous l’autorité de la Présidence finlandaise.

Q - M. le Ministre, pourquoi est-ce que ce n’est pas possible de lancer le mécanisme déjà aujourd’hui ?

R - D’abord nous le faisons, nous le faisons je vous l’ai dit depuis un an. Par exemple, la France a accueilli 380 réfugiés au fil des bateaux qui ont été débarqués et chaque fois, la France, moi-même, je réponds présent pour que nous puissions accueillir 10-15-20-30 réfugiés. Nous désignons une équipe de l’OFPRA qui est l’office français qui gère les études de cas pour le statut de réfugié, pour la protection et nous déléguons systématiquement une équipe, et ensuite nous relocalisons. Nous accueillons alors les réfugiés en France. Nous le faisons de façon très pragmatique mais, au fond, sans solidarité européenne. La France répond présente, l’Allemagne répond présente, les Pays-Bas répondent présents. Récemment, la Finlande a répondu présent. Mais le problème est qu’il n’y a pas de règles. Ce que nous proposons, c’est un accord temporaire qui permet justement que, sans que ce soit un objet politique - avec toutes les polémiques inutiles, parce qu’on parle de femmes et d’hommes – et qu’on on ait cette possibilité, sous l’autorité de l’UE avec des règles claires, établies, limitées dans le temps, limitées aussi en nombre de personnes qui seraient accueillies pour chacun des pays, et que nous puissions avoir ainsi un système plus automatique, plus fluide et au fond plus humain.

Q - Combien y-a-t-il de pays pour l’accord ?

R - On est sur un engagement volontaire, on est sur un engagement qui ne vaut pas pour le collectif, pour tous. Donc si quinze pays étaient mobilisés, ce serait un objectif. Si lundi, nous voyons qu’on peut rassembler à Paris une quinzaine de pays solidaires sur ce sujet, si Malte et l’Italie, qui sont les pays directement concernés au titre des débarquements, pensent aussi que cet accord est opportun, et c’est aussi leur avis qui compte, à ce moment-là, je pense que nous aurons un succès.

Q - Ce que je n’ai pas compris, pourquoi est-ce qu’il faut cette réunion à Paris lundi, si vous pouvez trouver un accord ici ?

R - J’ai proposé qu’on trouve un accord dès hier. Je confirme que nous ne l’avons pas trouvé. C’est pour cela que les discussions se poursuivent. Elles se sont poursuivies hier, cette nuit, ce matin, elles vont se poursuivre aujourd’hui. Vous savez, c’est un dossier que les pays européens traitent depuis de longues années, et qui n’a pas abouti. Si nous aboutissons lundi, si nous travaillons aussi dans la perspective d’un déplacement et d’une rencontre à Malte à la fin de l’été, nous aurons finalement bien avancé.

Q - M. le Ministre, vous avez parlé avec Matteo Salvini qui dans le passé a attaqué plusieurs fois la France et la politique migratoire de la France. Vous avez parlé avec lui, est-ce facile de trouver un accord avec Matteo Salvini pour vous ?

R - Écoutez, quand j’échange avec Matteo Salvini, je ne l’entends pas attaquer la France, je l’entends défendre ses positions politiques, elles sont légitimes. J’ai aussi mes positions politiques, elles sont légitimes aussi, et elles sont différentes. Mais dans nos échanges, il n’y a ni acrimonie, ni reproche, nous sommes deux ministres en responsabilité. L’essentiel de notre engagement c’est la sécurité des Italiens pour l’un, des Français pour l’autre. Je crois que cela doit nous rassembler au-delà des discussions politiques que nous pouvons avoir. Je peux vous dire que les discussions sont cordiales, franches, elles ne sont pas toujours sur la même ligne mais l’un et l’autre nous savons qu’il faut avancer si nous voulons trouver un accord. Mais je voudrais bien préciser que l’initiative franco-allemande que nous avons prise, c’est aussi une initiative de solidarité, pour l’Italie ou pour Malte, et je me moque un peu de savoir quelles sont les opinions politiques des res ponsables des pays. Ils sont légitimes. Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment on peut éviter que des femmes et des hommes meurent en mer aujourd’hui.

R - Le risque existe mais on voit bien que nous sommes sur un nombre de réfugiés assez faible. Et vous savez, de toute façon avec ou sans la gestion au niveau européen de l’accueil, il y a des femmes et des hommes qui traversent, il y a des passeurs qui exploitent la misère humaine. Il y a cette situation en Libye qui s’est aggravée ces dernières semaines et vous le savez. Donc nous devons de toute façon trouver des solutions. Il ne faut pas avoir peur d’ouvrir une porte, la porte elle est là. La réalité c’est qu’il y a aujourd’hui des femmes et des hommes qui prennent des risques, qui accostent pour l’essentiel à Malte et nous devons aider Malte à gérer cette situation comme nous devons aider l’Italie si l’Italie nous en fait la demande.

Q - Etes-vous prêt à réformer l’accord de Dublin ?

R - Ça, c’est un deuxième champ de travail. La position de la France, la position de l’Allemagne, la position des Pays-Bas, la position du Luxembourg, pour avoir eu quelques échanges encore ce matin, c’est effectivement de constater que si l’espace Schengen est une avancée majeure de l’Europe, elle est menacée par le fait qu’au fond cet espace ne fonctionne pas bien. Donc nous voulons travailler pour une meilleure sécurité des frontières européennes, nous voulons travailler pour une meilleure fluidité du système et une meilleure évaluation du système Schengen et nous voulons aussi une révision en profondeur des règles de l’asile parce que nous voyons bien qu’elles ne fonctionnent pas bien, à la fois pour les pays de première arrivée - l’Italie en est un, Malte, l’Espagne, d’autres pays sont concernés - mais à la fois pour les pays dits de rebond - comme la France ou comme l’Allemagne - il faut avoir en tête par exemple que l’année dernière c’est près de 122 000 personnes q ui pour nombre d’entre elles sont arrivées par un autre pays européen, qui ont fait une demande de protection de réfugié en France. Cela montre bien que notre système aujourd’hui est défaillant. Donc, si nous voulons préserver l’espace Schengen, il faut assumer de le réformer, de le sécuriser, c’est une attente qu’ont nos concitoyens.

Q - Est-ce que la nouvelle présidente de la commission européenne devrait retirer le paquet asile sur la table et tout réécrire ? Et pour la coopération, vous parlez des ports tunisiens, donc est-ce qu’on relance l’idée des plateformes de débarquement qui était née l’année dernière avec les centres contrôlés en Europe et que les pays tiers n’avaient pas trop bien accueillie. Comment coopérer avec eux ?

R - D’abord, la nouvelle présidente a fixé des objectifs. Il lui appartient d’en déterminer les méthodes, mais vous avez vu y compris sur cette question de l’asile, sur cette question migratoire, elle s’est exprimée sur ce sujet et cela va dans le sens de la position française. Ensuite, sur la méthode, il lui appartiendra de la mettre en œuvre mais évidemment nous travaillons d’ores et déjà avec ses équipes pour avancer sur ces sujets dans la même direction et sans nous opposer. C’est tout le sens des rencontres que nous avons déjà eues aujourd’hui et que nous porterons auprès d’elle et auprès des commissaires en charge de ces dossiers dans le cadre de la prochaine commission. Ensuite, nous sommes très attentifs en France au fait que l’enjeu essentiel c’est celui d’éviter qu’il y ait des femmes et des hommes qui se retrouvent dans une impasse. Je considère que dans un phénomène migratoire, la Libye est une impasse en soi, une impasse extrêmement dangereuse. Vous avez en tête le bombardement qui s’est produit il y a quelques jours et le nombre élevé de morts. Puis au-delà, ce qui se passe en Libye est de toute façon un échec. Donc la position de la France a été de travailler avec les pays d’origine. Je me suis moi-même rendu récemment dans plusieurs pays d’origine africains pour renforcer nos coopérations et faire en sorte que justement nous ne soyons pas dans ces situations-là. Cela vaut pour la Tunisie. J’ai rencontré le ministre de l’intérieur tunisien pour travailler avec lui sur une meilleure fluidité de nos relations et une meilleure efficacité. Aujourd’hui, cela n’est pas satisfaisant avec la Tunisie en particulier, qu’il s’agisse des laisser-passer consulaires comme nous les sollicitons mais qu’il s’agisse aussi de la gestion des départs depuis la Tunisie. Cela fait partie des sujets sur lesquels nous travaillons dans des coopérations, coopérations européennes et coopérations bilatérales. Merci beaucoup./.

publié le 02/09/2019

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