Déplacement de Jean-Marc Ayrault en Finlande (9 décembre 2016) [fi]

Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, s’est rendu à Helsinki le 9 décembre.

Vendredi 9 décembre, Jean-Marc Ayrault s’est rendu à Helsinki, où il a été reçu par le président de la République, Sauli Niinistö, et par son homologue, Timo Soini. Cette visite a permis notamment de faire le point sur l’actualité européenne en amont du conseil européen du 15 décembre, et en particulier sur la politique de sécurité et de défense commune et les relations avec la Russie.

Point de presse conjoint avec M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, et de son homologue finlandais, M. Timo Soini

Propos de M. Ayrault (Helsinki, 09/12/2016)

Merci, Monsieur le Ministre et Cher Ami, pour votre invitation. Nous avons l’occasion de nous voir souvent dans les réunions européennes mais Timo m’a proposé de venir ici à Helsinki en Finlande pour une visite officielle. Je suis très heureux d’être là aujourd’hui car cette relation entre la France et la Finlande nous y tenons beaucoup, nous y sommes très attachés, c’est une excellente relation. Nous pouvons dire que c’est une relation sans nuages avec un pays ami et aussi un pays actif. Aussi, sur tous les sujets que Timo Soini a abordés nous avons pu constater, très souvent, une convergence de vues et je m’en félicite.

J’ai eu l’honneur d’être reçu par le président de la République, M. Sauli Niinistö, avant de rencontrer le ministre des affaires étrangères et j’ai pu reprendre avec lui le fil d’une discussion que nous avions eue déjà il y a trois ans à Paris puisque j’avais eu l’opportunité de le recevoir lorsque j’étais Premier ministre. Et nous avons pu constater là encore beaucoup de convergences de vue.

Nous partageons la même préoccupation concernant la nécessité d’établir un cadre de sécurité européen qui soit en même temps robuste et qui permette d’approfondir une politique de défense et de sécurité commune. C’est dans l’intérêt des Européens. Nous partageons sur ce sujet une très grande proximité de vues. D’ailleurs, le Premier ministre Juha Sipilä, qui est venu à Paris le 15 juin dernier, a permis de confirmer cette appréciation puisqu’une déclaration conjointe a été publiée.

Je voudrais aussi profiter de cet instant pour vous dire que j’ai remercié à nouveau le président de la République et le ministre des affaires étrangères pour la rapidité avec laquelle les autorités finlandaises ont répondu à l’appel de la France après les attentats de novembre 2015 lorsque le président français avait invoqué l’article 42.7 du traité de Lisbonne. La Finlande a immédiatement fait preuve de solidarité, notamment, sous la forme de troupes engagées dans les opérations de maintien de la paix. C’est le cas tout particulièrement au Liban, dans le cadre de la Finul, où récemment une compagnie finlandaise est venue en relève d’un bataillon français.

Les relations bilatérales, économiques, culturelles, touristiques, industrielles, et je pense bien sûr au projet nucléaire, ont été évoqués au cours de cet entretien. De même nous avons parlé de la Syrie puisque demain je réunis à Paris le groupe des affinitaires pour exprimer, encore une fois, notre refus de la fatalité de la violence, le refus d’assister en spectateur à cette catastrophe humanitaire provoquée par les bombardements du régime de Bachar al-Assad avec le soutien des Russes. Nous allons nous réunir et proposer de nouvelles initiatives pour reprendre le processus de paix par la négociation.

Enfin, j’ai profité de cette visite pour renouveler mes félicitations de vive voix au président, au ministre des affaires étrangères et au peuple finlandais, à l’occasion du début des manifestations du centenaire de la Finlande. Et j’ai exprimé aussi tous mes voeux, au nom de la France, pour l‘avenir.

Q - J’ai trois questions à poser. Premièrement comment peut-on encore renforcer la sécurité européenne ? Avez-vous des propositions concrètes : une armée commune, un état-major ou d’autres choses équivalentes. Deuxièmement, comment la menace que constitue la Russie est-elle perçue en France ? Troisièmement, il y a actuellement une montée du populisme de droite en Europe. L’année prochaine il y aura des élections en France et en Allemagne. L’année prochaine sera-t-elle une année fatale pour l’Europe ?

R - Avant tout nous devons assurer la sécurité des Européens. Qui passe d’abord par le renforcement des frontières extérieures de l’Union. Des progrès ont été accomplis et il faut les amplifier. Mais face aux nouveaux risques, aux nouvelles menaces, à la nouvelle situation géopolitique - aussi bien à l’Est qu’au Sud - et à la nouvelle menace terroriste, il faut renforcer nos capacités autonomes de sécurité au niveau de l’Europe. Et pour cela il faut être clair. Il ne s’agit pas de se substituer à l’Otan. L’Otan existe pour ceux qui en sont membres. La Finlande y est aussi associée et la France y veille. Mais, la sécurité c’est aussi l’affaire des Européens qui doivent s’engager davantage. Nous devons avoir une autonomie stratégique, des capacités, une industrie de défense et de recherche. Un fonds financier a d’ailleurs été créé à cet effet. Il s’agit d’être plus solidaires, plus forts pour assurer pour l’avenir la sécurité des Européens. Et c’est un point de vue que nous partageons avec la Finlande.

Avec la Russie, nous souhaitons des relations pacifiées et non pas des relations d’hostilité. La Russie n’est pas un adversaire, la Russie est un partenaire. Mais pour avoir une politique avec la Russie, il ne suffit pas de parler avec les Russes. Nous discutons avec eux mais il ne faut pas pour autant s’aligner sur leurs positions. Et il y a des positions qui, pour nous, sont inacceptables. Lorsque la Russie intervient pour annexer une partie d’un pays souverain, ce n’est pas acceptable et c’est pourquoi nous avons pris des sanctions. En même temps, nous dialoguons et c’est le sens des accords de Minsk que nous souhaitons voir mis en oeuvre.

Quant à la Russie, lorsque nous sommes en désaccord sur son intervention militaire aux côtés du régime de Bachar al-Assad en Syrie, nous disons et nous répétons que la seule voie ce n’est pas celle de la guerre mais de la négociation dans le cadre des résolutions du conseil de sécurité.

S’agissant de la montée des votes populistes dans toute l’Europe, je crois que, plutôt que de porter un jugement moralisateur, il faut chercher les causes et s’y attaquer. Elles peuvent parfois se trouver dans la précarité sociale, dans l’incapacité à traiter les questions migratoires ou la question des frontières. L’Europe doit être la solution pour mieux protéger les citoyens, mieux protéger les travailleurs, en refusant par exemple le dumping social. Dans les traités de libre-échange, il faut veiller à des équilibres qui préservent les intérêts de chacun des pays. Il faut donner aux citoyens des garanties pour l’avenir et c’est le rôle de l’Europe. L’Europe doit protéger et l’Europe doit préparer l’avenir. Car si nous ne le faisons pas, nous les européens, alors c’est le risque d’un retour en arrière. Et on connait l’histoire de l’Europe : les nationalismes, ce n’est pas l’avenir. C’est pour cela qu’il faut que l’Europe soit à la hauteur des attentes de nos peuples.

Q - Avez-vous discuté sur le Brexit ? Aujourd’hui le Financial Times propose que la France soit parmi les pays qui demandent une forme de Brexit plus strict. Est-ce que c’est vrai et qu’en pensez-vous ?

R - Le Brexit c’est une question compliquée et il faut avoir des idées simples pour l’aborder. Je ne rentre pas dans cette considération de Brexit mou ou de Brexit dur, cela n’a pas d’intérêt. Ce qui compte, c’est d’avoir des principes de bases qui soient clairs. Nous les avons évoqués et ils sont clairs. L’Europe, et en particulier l’accès au marché, repose sur la base des quatre libertés : liberté de circulation des marchandises, des capitaux, des services et des personnes. C’est le socle.

Après, il y a le droit, c’est l’article 50 du traité de Lisbonne qui est la base avec laquelle nous devons démarrer la négociation. Ensuite, nous verrons comment préserver les intérêts de l’Europe qui va continuer son chemin notamment sur la base de la déclaration de Bratislava. Le Royaume-Uni veut continuer son destin avec des relations bilatérales qui devront être équitables et établies dans le respect des principes de l’Union européenne et dans l’intérêt de la relation entre l’Europe et le Royaume-Uni. Je crois que l’on peut faire du bon travail mais simplement plus tôt nous commencerons ces négociations, mieux cela sera. Cela évitera les interprétations, les polémiques et les petites phrases./.

Photos de la visite du Ministre

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Photo : Matti Porre / Tasavallan presidentin kanslia

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Photo : Matti Porre / Tasavallan presidentin kanslia

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publié le 07/08/2017

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