Blog du Centenaire [fi]

Articles sur les petites histoires des relations franco-finlandaises à l’occasion du centenaire de la Finlande

Avril 2017

Comment la France a fourni 30 Morane-Saulnier à la redoutable escadrille LLv 28

En septembre 1939, l’URSS vient d’obtenir des avantages politiques substantiels dans les pays baltes et se tourne vers la Finlande ; les négociations trainant en longueur, Staline décida d’envahir ce pays. La Finlande lança alors un appel à l’aide à la Société des Nations le 10 décembre 1939 : « le peuple finlandais est aujourd’hui victime d’une agression brutale de la part de ses voisins de l’Est, sans avoir fourni le moindre prétexte à cette agression. […]. Le peuple finlandais se bat pour son indépendance, pour sa liberté, pour son honneur. Notre position comme avant-garde de la civilisation nous autorise à attendre une aide active de la part de toutes les nations civilisées. A toutes ces nations, le peuple finlandais adresse aujourd’hui cet appel ». En réponse, le Conseil vota l’exclusion de l’URSS de la SDN et l’Assemblé somma « chaque Membre de la Société pour qu’il fournisse à la Finlande l’assistance matérielle et humanitaires qu’il est en situation de lui apporter et pour qu’il s’abstienne de toute action de nature à affaiblir le pouvoir de résistance de la Finlande ».

C’est ainsi que la France décida d’apporter un soutien militaire à la Finlande. L’attaché français à Helsinki reçut le 28 décembre 1939 un télégramme annonçant l’envoie d’avions et munitions : 50 Morane-Saulnier MS 406, puis 80 Caudron CR 714, 46 Koolhoven F.K.58 et 62 Potez 633. Edouard Daladier alors président du Conseil déclara publiquement le 2 janvier 1940 que la France entendait assumer dans le cadre des dispositions du Pacte, son devoir d’assistance envers la Finlande attaquée.

Les livraisons des avions ayant été interrompues, seuls 30 Morane Saulnier et 6 Caudron arrivèrent en Finlande après avoir été assemblés en Suède par des mécaniciens français en février 1940. Armés de 3 mitrailleuses MAC-34, ils entrèrent immédiatement en action au sein de l’escadrille Lentolaivue 28. Durant la Guerre d’Hiver, le LLv 28 remporta 14 victoires sans la moindre perte. Durant l’offensive de l’été 41, les Morane Saulnier pratiquèrent l’attaque au sol grâce à leur canon de 20mm et les forces armées finlandaises les employèrent sur le front jusqu’en 1944.

Lors de la séance du 9 février 1940 du comité secret de la Chambre des députés, Edouard Daladier déclara que les finlandais avaient remerciés les français, en terme émus, de la qualité de ces appareils français comparés à beaucoup d’appareils étrangers. Le président du Conseil expliqua que Väinö Tanner, le ministre finlandais des Affaires étrangères lui avait envoyé le télégramme suivant le 1er janvier 1940 : « Je vous remercie, je remercie la France, par votre intermédiaire d’avoir compris que j’avais besoin non pas de paroles, mais de secours. Je la remercie, lorsqu’elle est engagée dans une lutte aussi affreuse, d’avoir pensé à mon pays, victime d’hommes qui sont des parjures, comme les parjures dans les mains desquels ils ont mis leurs mains sanglantes ».

Après la guerre, le remboursement des livraisons de matériel durant la guerre a permis notamment l’achat d’un terrain et la construction de l’ambassade et de la résidence de France à Helsinki.

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Mars 2017

Mais quels souvenirs Louis-Philippe a-t-il laissé de son passage en Laponie ?

Combien de descendants le roi Louis-Philippe a-t-il laissé en Laponie suite à son voyage entrepris en 1795 alors qu’il est en exil pendant la Révolution française ? C’est sur un motif similaire que glose Léouzon Le Duc quand il publie en 1875 « La fille du sorcier ou le Roi Louis-Philippe en Laponie : une légende finlandaise ». Une traduction du danois, avec plus de 150 pages d’annotations. Les éléments inspirés de la réalité dans cette légende ? Il y en a, bien sûr. Comme le souligne l’avant-propos de Léouzon Le Duc, Louis-Philippe d’Orléans fait effectivement partie des illustres Français qui ont senti l’appel du large et du Grand Nord. Ägé d’une vingtaine d’année, et en compagnie du marquis de Montjoie, d’un domestique et d’un interprète, il passe près de 8 mois en Suède, Norvège et Finlande. Incognito pendant la plus grande partie de son voyage, il se rend jusqu’au Cap Nord, et séjourne quelque temps dans plusieurs îles en Finlande, dont les noms de l’époque nous sont parvenus (Maasoe et Qualoe), y compris dans des campements sámi, mais en été et non en hiver comme dans l’histoire. Il y descend les fameux rapides de la rivière Muonio, aventure qui sera elle aussi immortalisée par le peintre François-Auguste Biard. Il est également vrai que plusieurs jeunes femmes de l’entourage des personnes où il a logé pendant ses pérégrinations se sont retrouvées enceintes pendant son passage, si tant est qu’un certain nombre de descendants du dernier roi de France sont certainement citoyens finlandais ou norvégiens : un lien de plus entre nos pays.

Ce voyage a suffisamment marqué Louis-Philippe pour qu’il soutienne, de nombreuses années plus tard (1838-1840), une expédition scientifique française « La Recherche » dans la zone. La Recherche, ou l’Expédition Gaymard du nom de son chef, a été la première grande expédition de recherche interdisciplinaire, sur l’ensemble de la zone nordique, en coopération avec des scientifiques locaux. A cette expédition a notamment participé le peintre Biard. Ce voyage lui a inspiré plusieurs toiles, « reconstitutions » d’éléments marquants du voyage de Louis-Philippe en Laponie, dont certaines sont exposées au château de Versailles. En ce moment deux de ces toiles sont d’ailleurs en prêt à Rovaniemi dans le cadre d’une exposition au titre révélateur : « François-Auguste Biard : la Laponie mythique ». Voir aussi l’exposition de ces tableaux dans le cadre de "La Laponie mythique" au musée Korundi de Rovaniemi du 22 février au 18 juin 2017.

En revanche, il est peu probable que l’histoire racontée dans cette légende – sans déflorer le sujet, « des retrouvailles inattendues entre deux Français de la noblesse au fin fond de la Laponie » repose sur autre chose que la tendance naturelle, avec le temps, à enjoliver tout évènement sortant de l’ordinaire - et le passage de Louis-Philippe dans ces contrées reculées en était un. Il est également probable qu’elle est due à la volonté des conteurs locaux, ou de Topelius, qui, aux-dires de Léouzon Le Duc, l’aurait « recueillie », de satisfaire les désirs de ses lecteurs. Cette légende mélange en effet aventure, Histoire, amour impossible, magie et exotisme. Au-delà de la trame elle-même, elle reflète la fascination qu’ont exercé sur les Européens les traditions et coutumes des peuples samis, et en particulier celles de leurs Noaidi ou Chamanes. Plusieurs chapitres sont consacrés aux transes du sorcier Tuisco, avec force détails sur ses révélations portant sur l’histoire de France et évoquant Napoléon puis la restauration. Une majorité des notes d’explications « scientifiques » après la légende portent d’ailleurs sur le phénomène de la magie en Laponie.

Si près de 150 ans après sa publication en français, cette légende peut encore donner envie aux lecteurs d’aujourd’hui de découvrir la Laponie, ses paysages sauvages et ses traditions (dont les tambours sámi), par eux-mêmes, n’aura-t-elle pas été utile ?

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Février 2017

Paris, destination privilégiée des étudiants finlandais dès le Moyen-Age

A lire la Description des pays du Nord d’Olaus le Grand, au sortir du Moyen-Age, les habitants de la Finlande étaient surtout connus pour leur « fureur » et leurs « diverses manières de combattre ». Mais faut-il croire le Suédois dont l’œuvre publiée au XVIème siècle aura une influence sur les premiers voyageurs français du siècle suivant qui, comme Brienneet Regnard, auront tendance à insister sur le caractère sauvage des autochtones ?

En réalité, à la fin du Moyen-Age, la Finlande était surtout connue à Paris par ses étudiants qui s’y formaient. En effet, pour les années 1300 – 1450, le diocèse de Turku envoie ainsi proportionnellement plus d’étudiants à paris que le diocèse le plus important du royaume de Suède, celui d’Upsal. Ce sont au total des dizaines d’étudiants de Finlande qui firent leurs études à Paris. Plusieurs d’entre eux accédèrent à des postes prestigieux, y compris celui de recteur de l’université pour Johannes Petri et Olavus Magni. De retour dans leur patrie, sept d’entre eux devinrent évêques.

L’attrait qu’a constitué l’université de Paris pour les étudiants finlandais du XVème siècle n’a probablement pas d’autre équivalent que celui exercé par la vie culturelle parisienne sur les artistes finlandais à la fin du XIXème siècle. Et aujourd’hui encore les universités françaises continuent à former des cohortes d’étudiants finlandais. Mais au lieu de devenir évêques à leur retour, les plus doués d’entre eux accèdent au XXIème siècle à des postes tout aussi prestigieux, comme Maire d’Helsinki ou Premier ministre.

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La Finlande, son pavillon et ses ours à l’exposition universelle de 1900

Nées au milieu du 19e siècle, les expositions universelles deviennent rapidement pour les pays participants des vitrines qui leur permettent de se présenter aux yeux du monde sous leur meilleur jour. C’est ainsi que le tsar Nicolas II entend faire de la première exposition universelle du 20e siècle, à Paris, en 1900, un témoignage éclatant de la grandeur de la Russie traditionnelle mais aussi moderne. La Finlande, qui est à l’époque un Grand-duché de l’empire russe, demande, avec le soutien de la France, à avoir son propre pavillon. L’administration russe est réticente car ce serait faire la part belle aux nationalistes finlandais qui réclament l’indépendance. Le Tsar tranche cependant en faveur des Finlandais. La Finlande est après tout la province la plus moderne de l’empire, la seule qui fabrique (déjà) des téléphones !

Les Finlandais doivent mettre les bouchées doubles : leur pavillon doit être dans le style national finlandais, avec cette difficulté que ce style n’existe pas et qu’il faut donc l’inventer. Le succès sera au rendez-vous : le pavillon d’Eliel Saarinen aussi bien que les fresques, le mobilier et les tentures et tapis réalisés par le peintre Akseli Gallen-Kallela font un triomphe. Avec l’exposition universelle de 1900, la Finlande prend enfin rang, et de la meilleure façon, parmi les nations occidentales.

A Paris, on ne tarit pas d’éloges sur le pavillon finlandais. Les Parisiens avaient entendu parler de la Finlande, ils peuvent désormais la voir telle qu’elle est et telle qu’elle s’imagine. Ou presque. Une carte postale illustrée de l’époque montre deux fiers chasseurs qui posent devant le pavillon finlandais, le pied sur la dépouille d’un ours blanc. Pourtant, il n’y a jamais eu d’ours blanc en Finlande, sauf peut-être dans les zoos. L’explication ? La photo du pavillon finlandais la donne : sur le toit, trônent deux superbes ours bruns. Ils sont en plâtre et le public parisien a bien sûr pu les admirer pendant des semaines, le temps qu’ils sèchent en attendant de recevoir leur couche de peinture brune. De là à penser que l’ours finlandais était blanc, il n’y avait évidemment qu’un pas !

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Janvier 2017

Mais que font donc les diplomates de leur week-end ? ou comment la France a reconnu la Finlande

La Finlande déclare son indépendance le 6 décembre 1917. C’est une conséquence de la révolution d’octobre et de l’arrivée au pouvoir des bolcheviks, qui font du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes un de leurs principes. Encore faut-il que ce nouvel Etat soit reconnu par les autres pays. Le 15 décembre 1917, le Président du Gouvernement de Finlande P. E. Svinhufvud envoie ses représentants demander au Gouvernement de la République française de bien vouloir reconnaître la Finlande comme Etat libre et indépendant. A Paris, il y a débat, non pas sur le principe de la souveraineté de la Finlande, qui est acquis depuis bien longtemps dans l’esprit des Français, mais sur l’opportunité d’une reconnaissance. Certains pensent en effet qu’il y a là un risque d’affaiblissement de l’allié russe qui, au moins formellement, est à ce moment-là toujours en guerre aux côtés de la France contre l’Allemagne.

La décision de reconnaître l’Etat finlandais est finalement prise le 3 janvier 1918 au soir. Un télégramme d’instruction est adressé dès le lendemain 4 janvier, à 10h45, à Louis Raynaud, consul de France à Helsinki qui, selon son compte-rendu, le reçoit le 6 janvier à 6 heures du soir. Raynaud téléphone immédiatement au Président du Sénat finlandais qui lui fixe rendez-vous pour le lendemain mais qui l’informe aussi que le consul de Suède vient de passer, à une heure de l’après-midi, pour notifier la reconnaissance de la Finlande par la Suède.

C’est très embarrassant. Certes, l’essentiel est sauf : la France pourra reconnaitre la Finlande avant l’Allemagne qui, pour ce qu’en sait le Consul à la date du 6 janvier, n’a pas encore pris position officiellement sur le sujet. Mais comment expliquer à Paris que la démarche de reconnaissance n’aura lieu que le 7 janvier, soit 24 heures après celle la Suède, le 6, alors que l’instruction est arrivée au Consulat à Helsinki, le 4, donc 48 heures plus tôt ? Qu’a bien pu faire M. Raynaud pendant ce week-end (car les 5 et 6 étaient un week-end) qui a bien pu l’empêcher de prendre connaissance d’un message qu’il attendait en fait depuis des semaines ?

L’histoire ne le dit pas mais le lendemain, M. Raynaud expliquera à son interlocuteur que la France est nécessairement la première à avoir reconnu la Finlande puisque l’instruction reçue de Paris est datée du 4 janvier, donc antérieure à la démarche effectuée par le consul de Suède. Argument spécieux s’il en est mais qu’importe, le bon message a été passé et le Consul de France écrira par la suite, sans entrer dans les détails, que la France a été la première à reconnaître la Finlande, ce que tous ses successeurs recopieront en toute bonne foi.

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publié le 25/04/2017

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