Blog du Centenaire [fi]

Articles sur les petites histoires des relations franco-finlandaises à l’occasion du centenaire de la Finlande

Juillet 2017

Comment les Jeux olympiques de Paris ont sacré Paavo Nurmi et la Finlande en juillet 1924

Alors que Paris est candidate pour accueillir les jeux olympiques en 2024, il est intéressant de revenir sur les derniers jeux olympiques qui ont eu lieu dans la capitale française en juillet 1924 et qui ont été marqués par la domination de la Finlande et les exploits de son coureur légendaire Paavo Nurmi.

Avant même d’être indépendante, la Finlande a été une grande nation de sport et notamment d’athlétisme où ses coureurs, surnommés les « Finlandais volants » se sont souvent mesurés à leurs adversaires français. Ainsi aux Jeux olympiques de Stockholm, la finale du 5000m, le 10 juillet 1912, voit s’affronter les deux plus célèbres coureurs de l’époque, le Marseillais Jean Bouin et le Finlandais Hannes Kohlemainen. Au terme d’une course légendaire où le record de la distance est pulvérisé, ce dernier bat le Français d’un souffle. Lors des Jeux olympiques suivants, à Anvers en 1920, c’est le Français Joseph Guillemot qui l’emporte sur cette distance (vengeant ainsi Jean Bouin mort au combat en septembre 1914), devant un jeune Finlandais, Paavo Nurmi, dont cela sera la seule défaite en finale olympique contre un étranger.

C’est encore à la France que la Finlande choisit de se mesurer quand elle accepte ses premières rencontres internationales d’athlétisme. Le 23 septembre 1922, dans le futur stade olympique de Colombes déjà, les Finlandais l’emportent notamment grâce aux victoires de Nurmi sur 1500m et 5000m. Et l’année suivante, Helsinki accueille l’équipe de France d’athlétisme, « dans une atmosphère digne des meilleures journées olympiques et devant 10 000 spectateurs » rapporte fièrement le journal Suomen urheilulehti. Les 22 et 23 septembre 1923, les Finlandais terrassent les valeureux athlètes français dans ce qui n’était qu’une répétition avant les Jeux de Paris.

Les épreuves d’athlétisme des Jeux olympiques de 1924 se déroulent donc au stade de Colombes. Le coureur finlandais Paavo Nurmi va y gagner sept courses en six jours et surtout cinq médailles d’or : sur 1500m, 5000m, 3000m par équipe et dans le cross individuel et par équipe. Dans la même après-midi, le 10 juillet 1924, il remporte le 1500m et le 5000m à moins de deux heures d’écart, qui plus est en battant lors de ces deux courses le record olympique !

Les Parisiens qui ont été les témoins de ces courses viennent de vivre un véritable exploit, comme l’écrit le journaliste du Temps dans son édition du 11 juillet 1924en préambule du récit de ces courses : « Hier, nous avons assisté à Colombes à une journée unique, telle que nous n’en vîmes jamais et que nous n’en verrons jamais plus. Les plus belles luttes athlétiques du passé, et il y en eut de poignantes où des champions exceptionnels se trouvèrent farouchement aux prises (rappelons-nous la course de Bouin et de Kolehmainen sur 5 000 mètres, à Stockholm), les plus beaux records, tout ce que nous admirions le plus semble pâle : nous avons vu Nurmi. »

Lors de ces Jeux de Paris, la Finlande se classe en deuxième place dans le tableau des médailles avec 14 titres olympiques et 37 médailles au total, derrière les Etats-Unis mais juste devant la France qui compte 13 titres et 38 médailles. Il est peu probable que cet exploit puisse être réédité en 2024 si la France obtient d’organiser à nouveau les jeux olympiques. Mais on peut espérer que Paris porte à nouveau chance aux athlètes finlandais.

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L’affiche de jeux de Paris de 1924. A noter que les Finlandais n’ont pas seulement gagné toutes les courses du 1500m au marathon, ils ont aussi notamment remporté l’or olympique au Javelot où Jouni Myyrä a conservé son titre obtenu aux Jeux d’Anvers de 1920.

Juin 2017

Comment la société Finlande-France a été créée et a trouvé son financement après guerre

Outre le centenaire de l’indépendance de la Finlande, 2017 est l’année du soixantième anniversaire du lycée franco-finlandais et du soixante-dixième anniversaire de l’association Finlande-France. Ce dernier anniversaire a notamment été fêté par un symposium d’histoire organisé par la Société en juin à l’université d’Helsinki. Ce lieu était particulièrement approprié car, lors de sa création, la Société a fait comme président d’honneur le Recteur de l’Université de l’époque, M. Arthur Långfors, qui a bien entendu accepté. Tout comme ont accepté cet honneur deux autres illustres personnalités, le Ministre des Affaires étrangères Carl Enckell et le compositeur Jean Sibelius.

Une assemblée constituante s’était réunie le 21 mai 1947 pour adopter les statuts de la Société et en nommer le conseil d’‘administration qui s’est réunit pour la première fois le 13 juin 1947, il y a donc exactement 70 ans. Sous la présidence de M. Sakari Tuomioja (photo ci-dessous), alors gouverneur de la Banque de Finlande, il comptait d’illustres personnages allant du directeur du théâtre national Eino Kalima au Général Martola, en passant par le chef d’orchestre Jussi Jalas, le peintre Eero Snellman, la députée et directrice de la radio-télédiffusion publique Hella Wuolijoki.

Grâce au concours des premiers ambassadeurs de France de l’après-guerre Daniel Lévy puis François Coulet, des relations furent rapidement renouées notamment pour monter un programme de conférences, des envois de livres, de revues et de journaux, préparer les conditions offertes aux étudiants finlandais pour poursuivre leurs études en France et préparer une exposition française à Helsinki.

Le rapport de la première année de fonctionnement de la Société Finlande – France témoigne d’une activité foisonnante. En juillet 1947, elle accorde son patronage à l’école primaire de quatre classes qui vient de se créer à Helsinki. Dès octobre 1947 les premiers conférenciers français débarquent à Helsinki, et notamment le professeur de droit Jean-Marcel Jeanneney puis l’architecte Félix Bruneau (à qui l’on doit la construction du bâtiment de l’ambassade à Helsinki). En juin 1948, la Société participe au comité consultatif créé par l’ambassadeur de France pour se prononcer sur les demandes de bourse formulées par quelques 90 jeunes Finlandais et Finlandaises en vue de faire des études en France.

Pendant les vacances d’été 1948, elle envoie une vingtaine d’étudiants finlandais dans des fermes françaises où ils sont logés et nourris en échange d’une participation aux travaux agricoles. « Ils furent tous fort satisfaits de ce séjour et purent, grâce à l’argent de poche qui leur avait été payer en plus de leur entretien, visiter Paris », selon le rapport de la Société.

Et l’exposition française à Helsinki ? Le rapport du conseil d’administration se borne à signaler que cette Exposition française qui regroupait conférences, expositions de dessins et peintures ainsi que diverses fêtes « remporta un succès éclatant en contribuant ainsi puissamment au développement des futures relations économiques et culturelles entre la Finlande et la France ». Et, voici ce que l’ambassadeur de l’époque François Coulet écrit au Département dans son télégramme daté du 23 mars 1949 :

« J’ai l’honneur de faire connaître à Votre Excellence que les comptes concernant la vente des vins et alcools au cours de l’exposition française de 1948, viennent d’être définitivement apurés. Ils ont fait ressortir un solde bénéficiaire de plus de 2 000 000 de marks ( !)
Le comité d’organisation de l’exposition avait, en octobre dernier, amené les autorités finlandaises, à disposer des bénéfices éventuels en faveur de la Société Finlande-France ; qui devait se charger de gérer ce fonds au mieux des intérêts culturels franco-finlandais. Cette proposition, étant donnée les rapports étroits qui unissent la légation et la Société Finlande-France, n’a pu qu’obtenir mon agrément. »

Sakari Tuomioja, premier président de la Société Finlande - France, de 1947 à 1952 - JPEG

Mai 2017

Pourquoi la France a fourni 30 Morane-Saulnier à la redoutable escadrille LLv 28

En septembre 1939, l’URSS vient d’obtenir des avantages politiques substantiels dans les pays baltes et se tourne vers la Finlande ; les négociations trainant en longueur, Staline décida d’envahir ce pays. La Finlande lança alors un appel à l’aide à la Société des Nations le 10 décembre 1939 : « le peuple finlandais est aujourd’hui victime d’une agression brutale de la part de ses voisins de l’Est, sans avoir fourni le moindre prétexte à cette agression. […]. Le peuple finlandais se bat pour son indépendance, pour sa liberté, pour son honneur. Notre position comme avant-garde de la civilisation nous autorise à attendre une aide active de la part de toutes les nations civilisées. A toutes ces nations, le peuple finlandais adresse aujourd’hui cet appel ». En réponse, le Conseil vota l’exclusion de l’URSS de la SDN et l’Assemblé somma « chaque Membre de la Société pour qu’il fournisse à la Finlande l’assistance matérielle et humanitaires qu’il est en situation de lui apporter et pour qu’il s’abstienne de toute action de nature à affaiblir le pouvoir de résistance de la Finlande ».

C’est ainsi que la France décida d’apporter un soutien militaire à la Finlande. L’attaché français à Helsinki reçut le 28 décembre 1939 un télégramme annonçant l’envoie d’avions et munitions : 50 Morane-Saulnier MS 406, puis 80 Caudron CR 714, 46 Koolhoven F.K.58 et 62 Potez 633. Edouard Daladier alors président du Conseil déclara publiquement le 2 janvier 1940 que la France entendait assumer dans le cadre des dispositions du Pacte, son devoir d’assistance envers la Finlande attaquée.

Les livraisons des avions ayant été interrompues, seuls 30 Morane Saulnier et 6 Caudron arrivèrent en Finlande après avoir été assemblés en Suède par des mécaniciens français en février 1940. Armés de 3 mitrailleuses MAC-34, ils entrèrent immédiatement en action au sein de l’escadrille Lentolaivue 28. Durant la Guerre d’Hiver, le LLv 28 remporta 14 victoires sans la moindre perte. Durant l’offensive de l’été 41, les Morane Saulnier pratiquèrent l’attaque au sol grâce à leur canon de 20mm et les forces armées finlandaises les employèrent sur le front jusqu’en 1944.

Lors de la séance du 9 février 1940 du comité secret de la Chambre des députés, Edouard Daladier déclara que les finlandais avaient remerciés les français, en terme émus, de la qualité de ces appareils français comparés à beaucoup d’appareils étrangers. Le président du Conseil expliqua que Väinö Tanner, le ministre finlandais des Affaires étrangères lui avait envoyé le télégramme suivant le 1er janvier 1940 : « Je vous remercie, je remercie la France, par votre intermédiaire d’avoir compris que j’avais besoin non pas de paroles, mais de secours. Je la remercie, lorsqu’elle est engagée dans une lutte aussi affreuse, d’avoir pensé à mon pays, victime d’hommes qui sont des parjures, comme les parjures dans les mains desquels ils ont mis leurs mains sanglantes ».

Après la guerre, le remboursement des livraisons de matériel durant la guerre a permis notamment l’achat d’un terrain et la construction de l’ambassade et de la résidence de France à Helsinki.

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Avril 2017

Mais quels souvenirs Louis-Philippe a-t-il laissé de son passage en Laponie ?

Combien de descendants le roi Louis-Philippe a-t-il laissé en Laponie suite à son voyage entrepris en 1795 alors qu’il est en exil pendant la Révolution française ? C’est sur un motif similaire que glose Léouzon Le Duc quand il publie en 1875 « La fille du sorcier ou le Roi Louis-Philippe en Laponie : une légende finlandaise ». Une traduction du danois, avec plus de 150 pages d’annotations. Les éléments inspirés de la réalité dans cette légende ? Il y en a, bien sûr. Comme le souligne l’avant-propos de Léouzon Le Duc, Louis-Philippe d’Orléans fait effectivement partie des illustres Français qui ont senti l’appel du large et du Grand Nord. Ägé d’une vingtaine d’année, et en compagnie du marquis de Montjoie, d’un domestique et d’un interprète, il passe près de 8 mois en Suède, Norvège et Finlande. Incognito pendant la plus grande partie de son voyage, il se rend jusqu’au Cap Nord, et séjourne quelque temps dans plusieurs îles en Finlande, dont les noms de l’époque nous sont parvenus (Maasoe et Qualoe), y compris dans des campements sámi, mais en été et non en hiver comme dans l’histoire. Il y descend les fameux rapides de la rivière Muonio, aventure qui sera elle aussi immortalisée par le peintre François-Auguste Biard. Il est également vrai que plusieurs jeunes femmes de l’entourage des personnes où il a logé pendant ses pérégrinations se sont retrouvées enceintes pendant son passage, si tant est qu’un certain nombre de descendants du dernier roi de France sont certainement citoyens finlandais ou norvégiens : un lien de plus entre nos pays.

Ce voyage a suffisamment marqué Louis-Philippe pour qu’il soutienne, de nombreuses années plus tard (1838-1840), une expédition scientifique française « La Recherche » dans la zone. La Recherche, ou l’Expédition Gaymard du nom de son chef, a été la première grande expédition de recherche interdisciplinaire, sur l’ensemble de la zone nordique, en coopération avec des scientifiques locaux. A cette expédition a notamment participé le peintre Biard. Ce voyage lui a inspiré plusieurs toiles, « reconstitutions » d’éléments marquants du voyage de Louis-Philippe en Laponie, dont certaines sont exposées au château de Versailles. En ce moment deux de ces toiles sont d’ailleurs en prêt à Rovaniemi dans le cadre d’une exposition au titre révélateur : « François-Auguste Biard : la Laponie mythique ». Voir aussi l’exposition de ces tableaux dans le cadre de "La Laponie mythique" au musée Korundi de Rovaniemi du 22 février au 18 juin 2017.

En revanche, il est peu probable que l’histoire racontée dans cette légende – sans déflorer le sujet, « des retrouvailles inattendues entre deux Français de la noblesse au fin fond de la Laponie » repose sur autre chose que la tendance naturelle, avec le temps, à enjoliver tout évènement sortant de l’ordinaire - et le passage de Louis-Philippe dans ces contrées reculées en était un. Il est également probable qu’elle est due à la volonté des conteurs locaux, ou de Topelius, qui, aux-dires de Léouzon Le Duc, l’aurait « recueillie », de satisfaire les désirs de ses lecteurs. Cette légende mélange en effet aventure, Histoire, amour impossible, magie et exotisme. Au-delà de la trame elle-même, elle reflète la fascination qu’ont exercé sur les Européens les traditions et coutumes des peuples samis, et en particulier celles de leurs Noaidi ou Chamanes. Plusieurs chapitres sont consacrés aux transes du sorcier Tuisco, avec force détails sur ses révélations portant sur l’histoire de France et évoquant Napoléon puis la restauration. Une majorité des notes d’explications « scientifiques » après la légende portent d’ailleurs sur le phénomène de la magie en Laponie.

Si près de 150 ans après sa publication en français, cette légende peut encore donner envie aux lecteurs d’aujourd’hui de découvrir la Laponie, ses paysages sauvages et ses traditions (dont les tambours sámi), par eux-mêmes, n’aura-t-elle pas été utile ?

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Mars 2017

Paris, destination privilégiée des étudiants finlandais dès le Moyen-Age

A lire la Description des pays du Nord d’Olaus le Grand, au sortir du Moyen-Age, les habitants de la Finlande étaient surtout connus pour leur « fureur » et leurs « diverses manières de combattre ». Mais faut-il croire le Suédois dont l’œuvre publiée au XVIème siècle aura une influence sur les premiers voyageurs français du siècle suivant qui, comme Brienneet Regnard, auront tendance à insister sur le caractère sauvage des autochtones ?

En réalité, à la fin du Moyen-Age, la Finlande était surtout connue à Paris par ses étudiants qui s’y formaient. En effet, pour les années 1300 – 1450, le diocèse de Turku envoie ainsi proportionnellement plus d’étudiants à paris que le diocèse le plus important du royaume de Suède, celui d’Upsal. Ce sont au total des dizaines d’étudiants de Finlande qui firent leurs études à Paris. Plusieurs d’entre eux accédèrent à des postes prestigieux, y compris celui de recteur de l’université pour Johannes Petri et Olavus Magni. De retour dans leur patrie, sept d’entre eux devinrent évêques.

L’attrait qu’a constitué l’université de Paris pour les étudiants finlandais du XVème siècle n’a probablement pas d’autre équivalent que celui exercé par la vie culturelle parisienne sur les artistes finlandais à la fin du XIXème siècle. Et aujourd’hui encore les universités françaises continuent à former des cohortes d’étudiants finlandais. Mais au lieu de devenir évêques à leur retour, les plus doués d’entre eux accèdent au XXIème siècle à des postes tout aussi prestigieux, comme Maire d’Helsinki ou Premier ministre.

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Février 2017

La Finlande, son pavillon et ses ours à l’exposition universelle de 1900

Nées au milieu du 19e siècle, les expositions universelles deviennent rapidement pour les pays participants des vitrines qui leur permettent de se présenter aux yeux du monde sous leur meilleur jour. C’est ainsi que le tsar Nicolas II entend faire de la première exposition universelle du 20e siècle, à Paris, en 1900, un témoignage éclatant de la grandeur de la Russie traditionnelle mais aussi moderne. La Finlande, qui est à l’époque un Grand-duché de l’empire russe, demande, avec le soutien de la France, à avoir son propre pavillon. L’administration russe est réticente car ce serait faire la part belle aux nationalistes finlandais qui réclament l’indépendance. Le Tsar tranche cependant en faveur des Finlandais. La Finlande est après tout la province la plus moderne de l’empire, la seule qui fabrique (déjà) des téléphones !

Les Finlandais doivent mettre les bouchées doubles : leur pavillon doit être dans le style national finlandais, avec cette difficulté que ce style n’existe pas et qu’il faut donc l’inventer. Le succès sera au rendez-vous : le pavillon d’Eliel Saarinen aussi bien que les fresques, le mobilier et les tentures et tapis réalisés par le peintre Akseli Gallen-Kallela font un triomphe. Avec l’exposition universelle de 1900, la Finlande prend enfin rang, et de la meilleure façon, parmi les nations occidentales.

A Paris, on ne tarit pas d’éloges sur le pavillon finlandais. Les Parisiens avaient entendu parler de la Finlande, ils peuvent désormais la voir telle qu’elle est et telle qu’elle s’imagine. Ou presque. Une carte postale illustrée de l’époque montre deux fiers chasseurs qui posent devant le pavillon finlandais, le pied sur la dépouille d’un ours blanc. Pourtant, il n’y a jamais eu d’ours blanc en Finlande, sauf peut-être dans les zoos. L’explication ? La photo du pavillon finlandais la donne : sur le toit, trônent deux superbes ours bruns. Ils sont en plâtre et le public parisien a bien sûr pu les admirer pendant des semaines, le temps qu’ils sèchent en attendant de recevoir leur couche de peinture brune. De là à penser que l’ours finlandais était blanc, il n’y avait évidemment qu’un pas !

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Janvier 2017

Mais que font donc les diplomates de leur week-end ? ou comment la France a reconnu la Finlande

La Finlande déclare son indépendance le 6 décembre 1917. C’est une conséquence de la révolution d’octobre et de l’arrivée au pouvoir des bolcheviks, qui font du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes un de leurs principes. Encore faut-il que ce nouvel Etat soit reconnu par les autres pays. Le 15 décembre 1917, le Président du Gouvernement de Finlande P. E. Svinhufvud envoie ses représentants demander au Gouvernement de la République française de bien vouloir reconnaître la Finlande comme Etat libre et indépendant. A Paris, il y a débat, non pas sur le principe de la souveraineté de la Finlande, qui est acquis depuis bien longtemps dans l’esprit des Français, mais sur l’opportunité d’une reconnaissance. Certains pensent en effet qu’il y a là un risque d’affaiblissement de l’allié russe qui, au moins formellement, est à ce moment-là toujours en guerre aux côtés de la France contre l’Allemagne.

La décision de reconnaître l’Etat finlandais est finalement prise le 3 janvier 1918 au soir. Un télégramme d’instruction est adressé dès le lendemain 4 janvier, à 10h45, à Louis Raynaud, consul de France à Helsinki qui, selon son compte-rendu, le reçoit le 6 janvier à 6 heures du soir. Raynaud téléphone immédiatement au Président du Sénat finlandais qui lui fixe rendez-vous pour le lendemain mais qui l’informe aussi que le consul de Suède vient de passer, à une heure de l’après-midi, pour notifier la reconnaissance de la Finlande par la Suède.

C’est très embarrassant. Certes, l’essentiel est sauf : la France pourra reconnaitre la Finlande avant l’Allemagne qui, pour ce qu’en sait le Consul à la date du 6 janvier, n’a pas encore pris position officiellement sur le sujet. Mais comment expliquer à Paris que la démarche de reconnaissance n’aura lieu que le 7 janvier, soit 24 heures après celle la Suède, le 6, alors que l’instruction est arrivée au Consulat à Helsinki, le 4, donc 48 heures plus tôt ? Qu’a bien pu faire M. Raynaud pendant ce week-end (car les 5 et 6 étaient un week-end) qui a bien pu l’empêcher de prendre connaissance d’un message qu’il attendait en fait depuis des semaines ?

L’histoire ne le dit pas mais le lendemain, M. Raynaud expliquera à son interlocuteur que la France est nécessairement la première à avoir reconnu la Finlande puisque l’instruction reçue de Paris est datée du 4 janvier, donc antérieure à la démarche effectuée par le consul de Suède. Argument spécieux s’il en est mais qu’importe, le bon message a été passé et le Consul de France écrira par la suite, sans entrer dans les détails, que la France a été la première à reconnaître la Finlande, ce que tous ses successeurs recopieront en toute bonne foi.

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publié le 12/07/2017

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